A La Réunion, la CFDT se bat pour que l’hôpital ait les moyens de son ambition

Publié le 05/08/2019

Créé en 2012 par la fusion des différents sites hospitaliers de l’île, le CHU de La Réunion souffre d’un manque de moyens. Premières victimes ? Les agents. Dans ce contexte compliqué, la CFDT obtient pourtant des résultats.

Campé sur les hauteurs de Saint-Denis, le majestueux bâtiment du centre hospitalier universitaire (CHU) de La Réunion surplombe la ville. Du seul CHU de l’océan Indien, la métropole a voulu faire un étendard de la politique de santé nationale. « Les murs ne soignent pas », constate pourtant amèrement Jean-Marc Vélia. Le crâne impeccablement rasé, le sourire constamment accroché aux lèvres, le délégué syndical CFDT du centre hospitalier Félix-Guyon arpente les couloirs de son établissement vêtu de son tee-shirt orange. « C’est notre marque de fabrique », glisse-t-il. Un petit gimmick de communication qui n’est pas gratuit. « Quand on arrive en réunion tous habillés en orange, ça fait son petit effet auprès de la direction. » Et de l’ensemble du personnel. « Nous sommes parfaitement identifiés. On ne se cache pas, on assume notre étiquette. » Plus qu’une coquetterie vestimentaire, le tee-shirt orange envoie un message de cohésion de l’équipe syndicale.

Une CFDT qui s’est adaptée à la nouvelle situation

     


La cohérence des positions
Au cours du processus de mutualisation des sites, la CFDT est toujours restée cohérente, les différentes équipes se concertant systématiquement avant toute prise de décision. « Dans les instances, on voit parfois les représentants des autres organisations syndicales voter différemment selon leur établissement d’origine, note le délégué CFDT. En ne parlant que d’une seule voix, on se démarque naturellement des autres. Et les agents s’en rendent compte. »

La visibilité des militants
Ça peut sembler secondaire mais voir l’ensemble des militants CFDT arpenter les couloirs de l’hôpital vêtus du tee-shirt orange donne une impression de cohésion qui dépasse tous les discours. « On ne se cache pas, on assume notre étiquette », souligne Jean-Marc Vélia. Ça se voit !

La démonstration par la preuve
Que ce soit pour sauver un service d’une disparition programmée (le service hygiène) ou négocier le niveau d’une prime, les arguments sont toujours étayés par les agents eux-mêmes. « Lors du regroupement, les ingénieurs du nord et du sud de l’île n’avaient pas les mêmes primes, détaille le délégué syndical CFDT. Nous les avons placés en situation d’acteurs de la décision pour aboutir à un rapprochement des deux niveaux. Il y a eu des grincements de dents mais n’étant pas d’accord avec la proposition de la direction, nous nous devions de faire des propositions. »

 

     

Entamée en 2012, la fusion des différentes entités du CHU réparties sur l’ensemble de l’île de La Réunion n’a été achevée administrativement qu’en 2018. Les équipes syndicales jusque-là totalement distinctes, ont elles aussi dû faire leur petite révolution et travailler ensemble. Toutes les organisations n’ont pas accompagné le mouvement. Contrairement à la CFDT. « Si nous voulons être forts dans l’action, nous devons avoir des revendications communes », insiste Jean-Marc. L’organisation de la section CFDT s’adapte petit à petit à la situation, tout en intégrant les spécificités géographiques de l’île. Deux instances, l’une au nord, l’autre au sud, distantes d’environ 70 kilomètres, existent toujours. Mais elles sont désormais chapeautées par un secrétaire général commun. « Depuis trois ans, nous organisons des conseils syndicaux intersites, explique-t-il. À l’avenir, les conseils syndicaux mensuels des deux établissements seront réunis en un seul conseil syndical pour l’ensemble du CHU après avis et concertation de tous. Nous préparons nos conseillers à cette échéance. » Cette cohérence porte ses fruits. Depuis quelques années, l’audience de la CFDT est en hausse. Les chiffres de développement sont bons (la section a dépassé le cap des 400 adhérents à l’hôpital de Saint-Denis, et représente même un poids un peu supérieur dans les établissements du sud de l’île) et les résultats aux dernières élections sont positifs. « Pour la première fois, la CFDT est présente dans toutes les CAP [commissions administratives paritaires], c’est historique !, se réjouit Jean-Marc. Nous avons misé sur des jeunes militants sur les listes. C’était un pari, et il a payé. »

Dans l’océan Indien comme ailleurs, les conditions de travail des personnels soignants, techniques et administratifs sont particulièrement difficiles. L’hôpital est « à l’os », et l’État lui demande encore des efforts budgétaires. « La France a voulu créer un CHU dans cette partie du monde mais n’a pas soutenu comme elle aurait dû cette ambition, déplore le délégué syndical. Le bâtiment de Saint-Denis, par exemple, a été construit sur ses fonds propres. C’est comme si on demandait aux enseignants de construire leur école ! »

Logé à la même enseigne que les CHU de la métropole, l’hôpital de La Réunion a dû mettre sur pied un plan de retour à l’équilibre au début de 2018. Cet objectif, écrit noir sur blanc dans les cahiers du Copermo (comité interministériel de la performance et de la modernisation de l’offre de soins hospitaliers), trouve une traduction très concrète entre les murs du CHU : 155 suppressions de postes en cinq ans. « Rien qu’en 2018, 67 ont déjà été rayés de nos effectifs, note Expédit Lock-Fat, secrétaire général du Syndicat santé-sociaux de La Réunion. Cela fait trente ans que je travaille à l’hôpital, et je n’ai jamais connu ça ! »

Une mobilisation de tous les instants

Les économies touchent également les conditions matérielles de travail. Pour Michel, employé depuis dix ans dans le service biomédical de l’hôpital, les nouvelles restrictions ont des conséquences non négligeables sur la sécurité des patients et du personnel. « Le matériel ne sera plus remplacé tous les cinq ans comme prévu initialement mais tous les dix voire dix-huit ans. Notre responsabilité, c’est d’aider les équipes dans le domaine des soins. Avec des machines qui n’ont plus le même potentiel, il y a de quoi s’inquiéter. » Même inquiétude du côté du personnel soignant. « Nous ne pouvons plus parler de qualité des soins, témoigne Lucette, aide-soignante. Aujourd’hui, nous ne comptons qu’une aide-soignante et une infirmière pour 26 patients, les congés maternité ne sont plus remplacés… »

À l’affût de toutes les mesures d’économies possibles, la direction a également les jours de RTT en ligne de mire. Ils devaient être supprimés au 1er janvier 2019 pour les agents non cadres. « En tant que kinés, nous devons être présents dans trois ou quatre services pour prendre en charge les patients, détaille l’un d’eux. Désormais, notre principale préoccupation, ce n’est pas de soigner mais de prioriser nos actions. C’est invraisemblable. Avec la remise en cause des RTT du personnel à repos fixe, la coupe est pleine. » Un message que la direction a fini par entendre à la suite d’une action « journée sans kiné » organisée par la CFDT. « Nous voulions informer concrètement la direction sur ce que signifie la suppression des RTT et son impact sur la bonne marche de l’établissement », souligne Jean-Marc. Grâce à ces démarches, l’hôpital s’est dit prêt à étudier au cas par cas cette décision qui semblait inéluctable.

Le service hygiène sauvé par l’action de la CFDT

Même efficacité de l’action syndicale pour la survie de certains services. L’équipe d’hygiène de l’hôpital a senti le vent du boulet en 2014. Sa disparition avait été actée par une direction soucieuse de confier ses tâches au privé. « Nous l’avons appris par hasard, en venant au boulot un matin, se souvient Sabrina, technicienne hospitalière responsable du service. Tout était signé pour externaliser nos missions. » Le personnel n’avait plus qu’à faire ses valises. La CFDT a prouvé, chiffres à l’appui, que confier les rênes de l’entretien des locaux exclusivement au privé n’entraînait pas de gains financiers certains. La mobilisation a fait le reste. Les 120 emplois menacés à l’époque ont été sauvés.

Avancées CFDT dans le projet social de l’établissement

Désormais, c’est la remise en cause de l’indexation sur les primes de service et de technicité versée aux hospitaliers de La Réunion qui est au cœur du mécontentement des agents. « Le contexte de concurrence avec le privé est pourtant très fort, regrette le délégué CFDT. Certains services sont menacés de fermeture faute de médecins, qui préfèrent travailler dans les cliniques. Elles proposent aussi des CDI aux personnels soignants ; alors que dans la fonction publique ils ne sont pas titularisés avant cinq ou six ans. Difficile de faire face. » Un espoir, cependant : le projet social de l’établissement, qui semblait abandonné à la fin de l’année 2018 (une première !) devrait être présenté ces jours-ci. La CFDT fera tout pour y inscrire des avancées au profit des 1 200 contractuels de l’hôpital. Seule une quinzaine d’entre eux sont titularisés chaque année. Si les objectifs de réduction du déficit sont atteints, ils doivent être les premiers à en bénéficier, soutient Jean-Marc, prêt à enfiler son tee-shirt orange quand viendra l’heure d’aller négocier.

hebdo@cfdt.fr

     


Repères

• Le centre hospitalier universitaire de La Réunion regroupe environ 5 000 agents – 2 000 au nord, à Saint-Denis, et 3 000 dans les sites réunis autour de l’hôpital de Saint-Pierre, dans le sud de l’île.

• La section compte environ 800 adhérents.

• La CFDT est la troisième force syndicale du CHU. Elle a réuni 22,85 % des suffrages lors des dernières élections au comité technique d’établissement, derrière la CFTC (30,2 %) et FO (27,6 %). Pour la première fois, elle a placé des élus dans chacune des commissions administratives paritaires.

     


photo © DR