A l'AP-HP, la CFDT au chevet des agents hospitaliers

Publié le 09/10/2018

Pour renouer le lien avec les soignants et porter leurs revendications, le syndicat CFDT AP-HP se rend chaque semaine dans les établissements franciliens. Une opération couronnée de succès.

Mardi 11 septembre, 6 h 30. Il fait encore nuit noire lorsque les militants CFDT de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) installent leurs deux petites tables pliables dans la cour d’accueil de l’hôpital Lariboisière, au cœur du 10e arrondissement. Au programme des trois prochaines heures : distribution de tracts et petit déjeuner offert à tous les salariés de l’établissement. « Postés là, on voit passer tout le monde, à la fois les équipes de nuit qui quittent le travail mais aussi tous les soignants et personnels administratifs qui débutent leur journée », explique Sandrine Prigent, qui siège à la commission exécutive du syndicat. Les militants, sourire aux lèvres malgré un réveil à l’aube, leur proposent une tasse de café chaud et une part de gâteau au chocolat, sans insister. « Les gens apprécient cette approche conviviale, ils se rendent compte que le syndicalisme, ce n’est pas juste une violente prise à partie ou un appel à la grève mais aussi des personnes engagées, qui prennent soin d’eux », explique Jean-Marc Février, également membre de la commission exécutive. De fait, si certains salariés passent leur chemin, beaucoup empochent les tracts, voire acceptent de discuter quelques minutes sur le parvis. Conquis par les arguments de l’équipe, il arrive que certains remplissent une fiche d’adhésion au syndicat. « Ça s’est déjà produit lors de ce type de permanence », sourit Jean-Marc Février.

Un gain notable en visibilité

     

Culture de la proximité
« Par le passé, les adhérents nous faisaient remarquer que nous n’étions pas suffisamment au contact des personnels », explique Sandrine Prigent, du syndicat CFDT de l’AP-HP. L’été dernier, le bureau du syndicat a donc décidé de changer ses habitudes avec des rendez-vous réguliers. « Les Mardis de la CFDT étaient nés. » Depuis septembre 2017 – exception faite des mois de décembre 2017, de juillet et d’août 2018 –, les permanents du syndicat se rendent tous les mardis dans un hôpital de l’AP-HP.

Complémentarité des compétences
C’est bien connu, lorsque l’on veut argumenter, il n’y a pas mieux que d’avoir plusieurs cordes à son arc… ou de venir à plusieurs. Lorsqu’ils se déplacent dans les services, les permanents du syndicat mobilisent les expertises des uns et des autres pour porter leurs revendications et apporter des réponses concrètes aux préoccupations des personnels.

Résultats au rendez-vous
Depuis que les Mardis de la CFDT ont débuté l’an passé, Jean-François Mussard, le secrétaire du syndicat, se félicite de la hausse constante des adhésions, de l’ordre de 10 %. « Notre action se situe dans le long terme, et pas seulement dans une simple approche électorale. »

     

Ces permanences, ce sont les Mardis de la CFDT. Soit une « opération reconquête » des salariés de l’AP-HP, pensée par Jean-François Mussard, le secrétaire du syndicat. Depuis septembre 2017, les permanents des sections syndicales CFDT de l’AP-HP ont ainsi pour mission de se rendre chaque semaine dans un grand hôpital d’Île-de-France, pour épauler les militants sur place et gagner en visibilité. Les trois dernières semaines avant les élections professionnelles, il est même prévu qu’ils soient présents tous les jours dans un hôpital différent, une activité à temps plein qui justifierait de ne pas siéger dans les instances représentatives pendant cette période-là. « C’est la décision qui a été prise en bureau il y a quelques jours », explique Jean-François Mussard. Grâce à cette proximité et ces actions de visibilité, les militants espèrent rafler la deuxième place à Sud le 6 décembre. « C’est tout à fait envisageable. Nous sommes devenus le premier syndicat dans le privé, cela a changé la donne. Maintenant, les gens nous prennent au sérieux, et la tendance est d’aller vers les gagnants », avance Martine Sebire, secrétaire de section à l’hôpital Charles-Foix d’Ivry-sur-Seine.

9 h 30 : une fois éclusée la huitième cafetière et distribués les dizaines de tracts, les militants plient bagage et débriefent. La quinzaine de permanents présents, attablés autour de viennoiseries dans le local syndical, converse tranquillement. « Ces Mardis de la CFDT sont une très bonne initiative. Ils nous ont permis de faire connaissance, ce que nous n’aurions jamais fait autrement », explique Frédérique Pichon, secrétaire de section à l’hôpital Necker. Ces rendez-vous hebdomadaires, c’est aussi l’occasion de partager de précieuses informations. « Quand j’ai un doute sur un point juridique, je m’adresse directement à Cyrano [Vincent, membre de la commission exécutive], en pointe sur ces sujets-là », souligne Miranda Mensah, secrétaire de section à l’hôpital Saint-Louis. Quant à Carole Cases, élue au comité technique d’établissement central, elle est spécialiste de tout ce qui touche aux aides-soignantes. Ces multiples expertises sont d’ailleurs grandement appréciées lorsque la petite troupe se déploie dans les services de l’hôpital pour y faire campagne, soit au cours de la deuxième partie de la matinée.

Des réponses immédiates

10 h 30 : les militants se dispersent dans les étages par petits groupes de trois ou quatre afin de poursuivre le dialogue. Dans le groupe qui se rend au service de neurochirurgie, chacun est à son poste. Martine se montre offensive et révoltée ; Carole incarne la force tranquille, tandis que Jean-Baptiste adopte un langage plus technocratique. Enfin, Ghislaine, plutôt silencieuse, dégaine son carnet chaque fois qu’il faut noter des coordonnées. À eux quatre, ils n’ont aucun mal à convaincre Marie-Paule, aide-soignante adhérente à la CFDT, du bien-fondé de ce type d’action. Première phase : porter attention aux problèmes individuels, façon syndicat de service. Au sujet de ses congés bonifiés, Marie-Paule est ainsi tout de suite orientée vers Cyrano, qui connaît ces questions sur le bout des doigts. Seconde phase : valoriser l’action de la CFDT. « S’agissant de la possible hausse de salaire des aides-soignantes, nous sommes pour le moment la seule organisation syndicale à siéger autour de la table », explique Martine. Quand ils repartent quelques minutes plus tard, Marie-Paule est en train d’épingler son badge CFDT sur sa blouse… « Dans ces moments-là, nous sommes un peu des mercenaires », s’amuse Carole.

Plus tard, le quatuor de choc démarche les aides-soignantes du service dans leur salle de repos. Pour une fois, elles ont un peu de temps à leur accorder. Jean-Baptiste embraye : « La CFDT a élaboré un référentiel d’activité pour votre profession et ainsi soutenir votre passage en catégorie B. » En face, les salariées, visiblement conquises, sont tout ouïe.

L’appui précieux aux sections

Au-delà de la complémentarité des compétences, les militants reconnaissent aussi que les Mardis de la CFDT offrent un véritable soutien logistique et humain aux sections en déréliction. Comme celle de Lariboisière-Fernand-Widal, où Christian Le Bivic est le seul permanent sur place pour 3 000 salariés. « C’est un travail de titan. D’autant plus qu’il doit partager son temps entre le travail de terrain et la commission paritaire administrative des aides-soignantes, où se gèrent tous les problèmes liés à la carrière individuelle », souligne un de ses camarades. Dans ces cas-là, l’appui du syndicat est bienvenu pour mener ce type de campagne et s’assurer de toucher le maximum d’agents.

Les résultats sont là : en quatre ans, le syndicat a réussi à obtenir 200 adhésions supplémentaires… dont 160 rien que depuis septembre 2017. Un signe qui ne trompe pas, selon Jean-Marc Février : « C’est la convivialité et le travail sur le terrain qui ont permis cette montée en flèche. » Étape suivante ? Les bureaux de vote !

lpopper@cfdt.fr

     

Repères

• Plus grande structure hospitalière d’Europe, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris accueille chaque année 10 millions de patients. Elle compte 100 000 salariés et 39 établissements organisés autour de 12 groupes hospitaliers. En 2014, la CFDT obtenait 14,8 % des voix, derrière Sud (23,9 %) et la CGT (31,7 %).

• Lariboisière et Fernand-Widal, hôpitaux regroupés sous une même entité, comptent environ 3 000 salariés. La CFDT y est deuxième organisation syndicale avec 14,7 % des voix, derrière la CGT (37,7 %) et devant la CFTC (14,4 %).

     

 

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