A Brest, la CFDT de Bibus mise sur le collectif

Publié le 08/03/2013
Par leur proximité avec les salariés, les militants du réseau de transport brestois sont devenus des acteurs incontournables du dialogue social et ont permis de nombreuses avancées.

« Quel que soit notre problème, les délégués sont là pour nous apporter des réponses. » C’est ainsi que Jean-Michel Spingler, conducteur de bus depuis vingt et un ans, résume l’action de la CFDT au sein du réseau Bibus. Ne laisser personne sans réponse, c’est bien ce qui anime les militants CFDT et explique la confiance que les salariés leur accordent depuis près de trente ans. « S’ils voulaient nous sanctionner, ils pourraient le faire par les urnes », fait remarquer Patrick Cevaër, délégué syndical jusqu’en 2012 et actuellement secrétaire national adjoint du SNTU-CFDT (Syndicat national des transports urbains). Mais le travail de terrain est toujours récompensé. Preuve en est, le 24 janvier dernier, les élus CFDT ont recueilli 86 % des suffrages (14 % pour la CGT) aux élections professionnelles.

Des salariés qui n’hésitent pas à se parler

Une grande majorité des 500 salariés sont adhérents, mais « on ne leur saute pas dessus dès leur arrivée pour les obliger à adhérer ! », plaisante Patrick. Dans cette entreprise, tout le monde se connaît, et les plus « anciens » agents n’hésitent pas à parler aux salariés récemment embauchés des avancées obtenues par la CFDT, si bien que nombre d’entre eux viennent demander l’adhésion.

les élus CFDT ont recueilli 86 % des suffrages (14 % pour la CGT) aux dernieres élections professionnelles

Organisation incontournable, la CFDT a marqué l’histoire de l’entreprise. En 1998, elle a obtenu un accord de réduction du temps de travail qui a fait passer le nombre de jours travaillés de 220 à 197, ce qui a permis l’embauche de 43 salariés. La CFDT a aussi négocié de multiples primes et indemnités mensuelles selon les horaires de travail. Très actifs en matière de GPEC (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences), les militants cédétistes ont contribué à mettre en place un dispositif en faveur des seniors qui leur permet de diminuer leur temps de travail, et, s’ils sont conducteurs, de bénéficier d’un roulement spécifique et de repos supplémentaires.

Bibus 2Tout ce travail syndical apparaît dans le livret CFDT, Les Droits des salariés de Bibus, qui est remis aux nouveaux embauchés. Les élus leur proposent systématiquement de participer à un entretien d’information afin de découvrir l’histoire de l’entreprise et les services de la CFDT. Des permanences hebdomadaires ont lieu dans les dépôts. Tramway, bus, atelier de maintenance ou bureaux : la section s’est organisée pour que des militants soient présents dans tous les secteurs. S’ils choisissent d’adhérer, les salariés reçoivent le journal de la section, Le Dazibus, et ont accès à la version intégrale du site web "CFDT Bibus".

« On est toujours à leur écoute et on veille à bien communiquer », insiste Thierry Craveur (le successeur de Patrick en tant que délégué syndical), qui précise : « Les réunions mensuelles DP-CE nous permettent de recueillir les dysfonctionnements signalés par les salariés, de les remonter à la direction et d’y apporter une réponse rapide. »

En 1998, La CFDT a obtenu un accord de réduction du temps de travail qui a fait passer le nombre de jours travaillés de 220 à 197, ce qui a permis l’embauche de 43 salariés.

Un cahier revendicatif validé en assemblée générale

Le cahier revendicatif est, chaque année, élaboré conjointement avec les salariés. Ceux-ci sont consultés grâce à un questionnaire à partir duquel la section construit ses orientations. Avant la négociation annuelle obligatoire (NAO), le cahier revendicatif est validé en assemblée générale par tous les adhérents. Ne pas céder au corporatisme et toujours privilégier le collectif, c’est le cap que la section CFDT a constamment suivi. Les évolutions du réseau dues au lancement du tramway en juin 2012 ayant entraîné de nombreux changements dans l’organisation de travail, les élus ont obtenu une augmentation de 10 points du coefficient pour tous les salariés, qu’ils soient conducteurs ou agents de nettoyage. S’appuyant sur l’expérience d’autres sections CFDT de la région Ouest, ils ont insisté sur la nécessaire polyvalence entre la conduite de bus et de tramway pour éviter une dégradation des conditions de travail et maintenir la cohésion sociale. Cette dernière est primordiale pour les salariés, qui déplorent que la nouvelle organisation ait dispersé les lieux de pause dans la ville, ce qui les isole de leurs collègues. Les temps de parcours se révèlent vite irréalisables, ce qui entraîne des retards sur toutes les lignes. Les usagers se plaignent auprès des conducteurs avec plus ou moins d’agressivité. La CFDT réagit immédiatement. Elle démontre qu’il manque 50 heures de conduite pour garantir les nouveaux temps de parcours, ce qui est énorme… Après une grève suivie par 91 % des salariés le 23 octobre 2012, elle obtient l’embauche de dix conducteurs et d’un agent d’atelier, ainsi que le retour à un seul lieu de pause.

Depuis, plusieurs indicateurs montrent une meilleure qualité de vie au travail. Alors que les constats d’accidents étaient quotidiens depuis la mise en place du tramway, il n’y en a presque plus aujourd’hui. Évidemment, la bataille n’est pas terminée. À la fin du mois de février, la CFDT a été reçue à la sous-préfecture pour rappeler que les moyens de prévention des agressions dans les bus de nuit et le tramway devaient être à la hauteur du développement du réseau. Vigilante sur la sécurité et les conditions de travail, la section entend bien placer la direction face à ses responsabilités.

nfigarol@cfdt.fr