1er Mai : la sortie de crise passe par l’Europe sociale et démocratique

Publié le 01/05/2014

A l’occasion du 1er Mai, la CFDT et l’Unsa ont invité les militants à se rassembler autour du slogan « Europe, emploi, progrès social ». A Paris, le rassemblement s'est déroulé sous la pluie mais dans la bonne humeur.

« Merci de vous être mouillés pour l’Europe ! » La boutade de Luc Bérille, secrétaire général de l’Unsa, a fait rire les militants qui s’étaient rassemblés sur la Rotonde de la Villette à Paris pour célébrer le 1er mai à l’invitation de la CFDT et de l’Union nationale des syndicats autonomes. Les averses, qui avaient parfois un caractère diluvien, n’ont effectivement pas entamé la détermination des représentants des travailleurs. Ils entendaient bien rappeler haut et fort le besoin urgent d’une Europe sociale et démocratique, alors que les élections des députés européens vont se dérouler d’ici trois semaines dans l’ensemble des pays de l’Union. « Oui, le climat social est très dégradé, a déclaré Laurent Berger à la presse. Mais je ne veux pas que le syndicalisme soit seulement l’écho du mal-être des salariés. Il doit être aussi porteur de propositions. C’est en cela que le 1er Mai est un moment de convivialité et de discussion pour faire valoir des revendications précises ».

L’Europe est bien en jeu pour construire l’avenir des salariés car « jamais le relais européen n’aura été aussi important pour sortir de la crise. Il est essentiel que les citoyens aillent voter et ne laissent pas le danger populiste et extrêmiste s’installer en Europe », a souligné Luc Bérille.

Le rôle des comités d’entreprise européens

La crise, les salariés des groupes Dexia et Lufthansa y ont été confrontés dans plusieurs pays d’Europe. Elue CFDT au comité d’entreprise européen (CEE) de Dexia, Olivia Beyne a témoigné combien cette instance permettait de faire circuler les informations auprès de tous les salariés. Ces comités restent néanmoins méconnus des représentants du personnel, et donc également des travailleurs, comme l’a indiqué Franck Bonot, élu Unsa au CEE de la Lufthansa. Pourtant, « sans le comité d’entreprise européen, qui nous a permis d’être en relation avec des collègues d’autres pays, les intérêts des salariés auraient été moins bien défendus. Il nous a permis d’appréhender les différentes politiques menées selon les pays par un groupe comme Lufthansa », a précisé Franck Bonot.

Quinze à vingt millions de travailleurs sont représentés dans ces comités à travers l’Union européenne. « Nous sommes ainsi en train de construire les solidarités européennes, a fait remarquer Michel Guerlavais, secrétaire national de l’Unsa chargé de l’Europe et de l’International. Les écarts en matière de droits sont énormes selon les pays, mais nous, syndicalistes, voulons tirer ces droits vers le haut ». A travers ces instances de représentation, « l’Europe donne des outils aux travailleurs et à leurs représentants pour qu’ils aient prise sur leur quotidien et décident de leur avenir », a souligné pour sa part Marcel Grignard, secrétaire national de la CFDT, responsable de la politique internationale et européenne.

Vu d’Espagne et de Grande-Bretagne

Deux représentantes de syndicats européens ont aussi donné leurs points de vue. Rappelant ce que l’Europe avait apporté à l’Espagne sortant de la dictature, en matière de droits, d’égalité et de progrès social, Montserrat Mir, des Commissions Ouvrières (CCOO), a décrit le paradoxe auquel ses compatriotes sont confrontés aujourd’hui : « l’Europe que nous voulions ne nous apporte pas ce que nous demandons. Elle ne nous protège pas face aux pertes d’emplois. Elle peut alors être perçue comme un problème par des citoyens qui plaçaient beaucoup d’espoirs en elle. »

En Grande-Bretagne, la situation semble rappeler celle des années 80 : « Nous sommes face à un gouvernement conservateur qui veut renégocier  ses relations avec l’Europe pour créer un espace de libre-échange sans contraintes », a expliqué Elena Crasta du Trades Union Congress (TUC). Pour la Confédération syndicale britannique, « la réponse à cette menace doit venir de l’Europe en apportant la sécurité des droits. »  Comme Montserrat Mir, Elena Crasta a mis en avant la revendication portée par toutes les organisations syndicales : « il est fondamental que l’Europe devienne plus sociale », a-t-elle souligné, ajoutant sous les applaudissements du public : « nous ne voulons pas que l’Union européenne ressemble à la Grande-Bretagne ultra-libérale, mais qu’au contraire la Grande-Bretagne suive le modèle européen ! »

La voix des citoyens peut faire changer l’Europe

Une autre voie pour l’Europe est possible, comme l’ont démontré Luc Bérille et Laurent Berger. Le secrétaire général de l’Unsa a rappelé le plan d’investissement défendu par toutes les organisations syndicales au sein de la Confédération européenne des syndicats (CES). La transition énergétique et écologique, l’éducation et la formation, le développement industriel, etc. : Luc Bérille a énoncé certains des axes stratégiques de ce plan. « Nous avons besoin d’une Europe de projets, mais aussi d’une Europe plus démocratique qui accorde davantage de place aux citoyens dans les débats. Nous avons connu des périodes au cours desquelles le dialogue social était plus développé », a constaté Laurent Berger, précisant que la voix des citoyens était « essentielle pour renforcer les pouvoirs du Parlement ». Et de battre en brèche l’idée que « l’Europe, c’est ailleurs ». « L’Europe, c’est chacun d’entre nous. L’Europe du progrès social, c’est possible », a conclu Laurent Berger.

 nfigarol@cfdt.fr