[Vidéo] Sill, une CFDT à l’avant-garde dans l’agroalimentaire

Publié le 08/06/2015

Droit à la déconnexion, treizième mois transformé en jours de repos, garderie en horaires atypiques, groupes de discussion, etc. : l’accord sur la qualité de vie au travail obtenu par la CFDT de Sill est particulièrement novateur.

   
Sill, un accord innovant dans l'agro par CFDT_TV
   

« Grâce à un bon rapport de force, on avait déjà des accords sur l’égalité femmes-hommes et les seniors supérieurs à ceux en vigueur. On les a repris et améliorés dans le nouvel accord sur le développement de la qualité de vie au travail en y ajoutant les contrats de génération. » Bernard Drezen, le délégué syndical central du groupe Sill, qui emploie 1 200 salariés, essentiellement en Bretagne mais aussi en Aquitaine, peut se vanter d’avoir signé le premier accord QVT-EP (qualité de vie au travail et égalité professionnelle) dans le secteur de l’agroalimentaire (laiterie, jus de fruits, etc.). Il faut dire que lorsqu’il parle de rapport de force, Bernard Drezen s’appuie sur des chiffres qui font rêver : la CFDT frise les 90 % aux élections DP-CE (délégués du personnel et comité d’entreprise) sur le site de Plouvien (Finistère) dans les deux premiers collèges. La moitié des salariés sont adhérents (139 sur 280), et la section croît au rythme de 10 % par an !

Seule ombre au tableau, « nous avons perdu le troisième collège au profit de la CFE-CGC car nous demandions l’indexation du montant de la cotisation de la mutuelle sur les salaires », explique Bernard Drezen. Au premier rang des nouveautés acquises grâce à cet accord, la possibilité de transformer son treizième mois en jours de RTT, soit 20 jours supplémentaires de congés à prendre tout au long de l’année.

Un accord à valoriser

   

Arguments électoraux

En janvier, la section CFDT a mené sa campagne électorale en présentant son bilan de la mandature passée : augmentations annuelles pour tous supérieures au coût de la vie, mise en place des chèques-vacances abondés par le CE, mutuelle avec des garanties de qualité et extension des avantages du siège à tout le groupe.

 La solidarité à l’œuvre

Les salariés de la Sill ont pratiqué le don de jours avant que la loi ne le formalise. En 2005, le fils de Thierry Kerguiduff, technicien de maintenance, est atteint d’un cancer du foie qui nécessite des hospitalisations prolongées à Brest, Rennes et Paris. Dès la première année de soin, Thierry a profité d’une centaine de jours donnés dans un bel élan de solidarité par autant de salariés, de l’opérateur de base aux cadres de haut niveau.

Une équipe solide

Bernard Drezen, le délégué syndical central, est entouré d’une solide équipe d’élus ouvriers, techniciens et agents de maîtrise représentant les diverses activités et les différents métiers de l’entreprise. Il est aussi négociateur CFDT dans la branche lait. Il siège en outre à l’Opcalim, l’organisme de formation de l’industrie alimentaire, et au conseil d’administration d’Harmonie Mutuelle.
   

L’accord a également mis en place des facilités concernant les gardes d’enfants. Ainsi, toutes les heures de garde avant 7 h 30 sont considérées comme atypiques. Morgane Gisdal, 25 ans, technicienne de maintenance, en bénéficie pour sa petite fille de trois mois, qu’elle doit déposer avant 7 h 30 afin de pouvoir prendre à temps son service le matin. Une aide de la Sill conjuguée à celle de la Caf (caisse d’allocations familiales) lui permettent de laisser sa fille en garde près de 50 heures par semaine.« J’y vois plusieurs avantages, souligne Anne Loäec, secrétaire du comité d’entreprise : d’abord, cela fait reculer le choix entre carrière et vie de famille en ne contraignant pas les femmes à prendre un contrat à 80 % pour avoir leur mercredi. Ensuite, ce dispositif maintient toutes les cotisations et la participation. » À ce jour, seules trois personnes ont demandé à bénéficier de cette mesure, mais l’accord ne date que de la fin février. « Nous allons en faire connaître les avantages et valoriser l’ensemble de l’accord, qui s’applique dans tout le groupe », assure-t-elle.

« L’accord prévoit aussi de proposer un nouveau poste à un senior qui perdrait le sien pour quelque raison que ce soit », affirme Bernard Drezen. Ainsi, Pascal Lorgeré, 50 ans, frigoriste, a été déclaré inapte après un grave accident. Avec l’aide de la CFDT, la Sill lui a proposé, sans perte de salaire, un poste d’opérateur sur emballage qui ne sollicite pas ses membres accidentés. « Ce poste me permet d’attendre, sans me faire de souci, un congé individuel de formation pour préparer un BTS systèmes numériques, option informatique et réseau », se réjouit Pascal Lorgeré.

Donner la parole aux salariés

Le droit à la déconnexion, adopté au congrès confédéral de Marseille en juin 2014, a aussi trouvé sa place dans cet accord. Il fait l’objet d’un article plus large sur « l’utilisation maîtrisée des technologies de l’information et de la communication » appelant au « respect de la vie privée du salarié » et mettant en garde contre « un mode exclusif d’animation managériale et de transmission des consignes de travail ».

L’accord prévoit également la mise en place de groupes de discussion, conformément à l’accord national interprofessionnel de 2013 sur la QVT-EP. « Mais je ne voulais pas d’un “Caméra café* où chaque salarié, à tour de rôle, viendrait se plaindre de ceci ou de cela », pose d’emblée Bernard Drezen. Fondés sur l’écoute et le respect, ces groupes seront effectifs dans le courant de l’année et accompagnés par l’Agence régionale pour l’amélioration des conditions de travail (Aract) ainsi que par la médecine du travail, des professionnels de l’accompagnement psychologique et le CHSCT.

L’amélioration des performances et du bien-être

La Sill attend beaucoup de ces groupes de discussion. C’est le cas côté direction : « Il faut que les salariés se sentent bien chez eux, bien dans leur travail et bien dans leur vie sociale en général. Cet accord qualité de vie va permettre une amélioration des performances de l’entreprise », espère Gilles Falc’hun, le PDG. Côté syndical aussi : « On a beaucoup travaillé sur la pénibilité ici, observe le DSC ; par exemple, plus personne ne porte de charges lourdes. Mais je perçois un malaise, un problème d’intégration notamment des jeunes salariés, peu enclins à l’échange, qui quittent vite leur lieu de travail. Ces groupes de discussion devraient confirmer ou non mon impression. À partir des résultats, la CFDT élaborera des nouvelles revendications. »

dblain@cfdt.fr

* Une série télévisée créée en 2001 avec notamment Bruno Solo et Yvan Le Bolloc’h qui fait le tour des popotes dans une petite entreprise et tourne en dérision le rôle du délégué syndical.

   

Un projet d’extension des locaux en suspens

La Sill, en pleine expansion, veut construire une nouvelle tour de séchage (permettant de transformer le lait en poudre). Cet investissement de 60 millions d’euros créerait environ 80 emplois, selon le PDG. Or, la commune de Plouvien, où sont implantés le siège et l’usine principale du groupe, compte 400 mètres de bordure littorale et est donc soumise à la loi littoral. Depuis plusieurs années, un riverain s’oppose à l’extension, bien que située à plusieurs kilomètres du bord de mer, et a attaqué le plan local d’urbanisme. Le secrétaire général adjoint de l’Union départementale du Finistère a pris position en faveur de la construction de la tour à Plouvien et avait même organisé une importante manifestation de soutien à la Sill en 2012, rassemblant 1 200 personnes. À ce jour, le projet est toujours bloqué. La Sill envisage d’installer sa tour de séchage ailleurs dans le Finistère. Cela inquiète fortement les salariés et la section CFDT en raison de la faible mobilité des salariés en zone rurale.