[Vidéo] PSA Rennes : la section CFDT renforcée pour faire face à l’avenir

Publié le 28/10/2014

Une belle victoire électorale, le 25 septembre 2014, est venue récompenser la section CFDT de ses efforts consentis depuis 2011. Cette nouvelle tombe à pic, alors que l’avenir du site reste incertain.

« C’est une victoire historique ! » Laurent Valy, délégué syndical et secrétaire de la section CFDT de PSA Rennes, n’est pas peu fier. Il a de quoi : sous sa houlette et avec une équipe motivée, la CFDT a progressé de 18 points sur ce site qui emploie 4 722 salariés, passant de 7 à 25 % ! Elle est désormais la deuxième organisation syndicale, alors qu’avant le 25 septembre, date des élections, elle n’était pas représentative. Évidemment, cette progression ne doit rien au hasard. Derrière cet excellent score électoral, il y a une longue histoire syndicale et beaucoup de travail de terrain.

   


Un beau score électoral

En septembre, la CFDT a obtenu un résultat en nette progression : 24,9 % des voix, contre 7,7 % en 2010. A contrario, la CGT n’a obtenu que 22,5 % (contre 34,7 % en 2010) et le SIA 26 % (contre 32 % auparavant). Ce syndicat était dans une entente avec la CFE-CGC, la CFTC et FO. Ensemble, ils ont réuni 52,6 % des voix. Sur les onze sièges à pourvoir au CE, la CFDT en a remporté deux, la CGT également deux et « l’entente » sept.

La section CFDT

La section a plus que doublé le nombre de ses adhérents, passant de 60 en 2011 à près de 140 aujourd’hui. « La section va donner une cohésion à ce groupe en accompagnant les nouveaux adhérents, qui vont avoir du travail car si l’emploi est la première préoccupation, les conditions de travail, fortement dégradées, arrivent juste derrière », indique Pascal Marquet, nouvel élu DP.

Des pratiques de terrain

La section s’est appuyée sur des relais au sein des différents services, qui sont reconnus pour leurs qualités professionnelles et identifiés comme des interlocuteurs CFDT. Une façon de rendre service aux salariés et de leur donner envie d’adhérer, tout en nourrissant les revendications de la section de leurs préoccupations.

   

En 2009, Laurent Valy et Christine Virassamy, tous deux en responsabilité au Syndicat indépendant de l’automobile (SIA) – alors largement majoritaire avec 46 % des voix –, commencent à prendre leurs distances de cette organisation qui refuse systématiquement le conflit. En 2010, le SIA descend à 32 % en raison de son inaction. L’opposition entre ces deux syndicalistes et leur syndicat atteint son paroxysme en 2011 lors d’un débrayage. « À l’époque, les conditions de travail se sont fortement dégradées malgré nos interventions, et le SIA était incapable d’utiliser le droit de grève pour dire stop ! Cette situation était inacceptable », expliquent-ils.

Un maillage serré du terrain

En mars 2011, Laurent Valy et Christine Virassamy quittent cette organisation. Ils entraînent avec eux quelques collègues. Entre le SIA, très proche de la direction, et la CGT, d’emblée en désaccord, il doit y avoir une troisième voie possible pour un syndicalisme indépendant et constructif, loin des dogmes contestataires, se dit le petit groupe de partants. « Avec Christine, nous avons été sollicités par plusieurs organisations. En prenant connaissance des valeurs de la CFDT sur le site internet de la Confédération, elle s’est exclamée : “Mais c’est exactement nous ! Ce sont nos valeurs.” »

Le groupe prend ensuite contact avec la Fédération générale des mines et de la métallurgie et l’Uri Bretagne. Il intègre rapidement la section CFDT, alors moribonde. L’objectif commun qu’ils se fixent alors est clair : obtenir la représentativité et au moins 15 % des voix en 2014. Avec seulement quelques heures de délégation mais beaucoup de travail, l’équipe CFDT va renverser la vapeur syndicale. « On a mis en place un maillage serré du terrain avec des relais, c’est-à-dire une cinquantaine de personnes reconnues comme de bons professionnels qui acceptent de porter le badge CFDT, répondent aux questions des salariés et font remonter les informations », explique Laurent Valy.

Communication soignée et forte présence médiatique

Il faut dire qu’à cette même période, la section CFDT s’étoffe avec l’arrivée de nouveaux militants en provenance de FO, de la CFTC et de la CGT. La CFDT structure ses actions et peaufine sa communication. À l’interne, la section crée un site internet sur lequel les salariés retrouvent des comptes rendus critiques des réunions du comité d’entreprise, les tracts et les positionnements de la section. En externe, elle est très présente dans les médias. Le site de Rennes, comme le reste du groupe PSA, connaît de sérieuses difficultés. En 2012, la direction lance un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) programmant 1 400 suppressions d’emploi. La CFDT organise une marche de protestation dans les rues de Rennes, à laquelle les autres organisations se rallient. Résultat : 3 500 personnes défilent avec, en tête de cortège, la camionnette CFDT. Peu après, les syndicats rencontrent le président de la République, et la section se fait le porte-parole des salariés devant la presse.

10 jours de chômage partiel par mois

En 2013, la direction présente un semblant d’accord compétitivité-emploi. À la clé : gel des salaires, suppression de primes et flexibilité. « La CFDT était prête à discuter, si on avait pu obtenir des garanties sur le maintien l’emploi », explique Laurent Valy. La direction annonce un volume de 100 000 à 150 000 véhicules par an à l’horizon 2017. Insuffisant pour la CFDT, qui organise en octobre avec la CGT un débrayage qui bloque l’usine. « Sur le terrain, c’est bien l’avenir et l’activité actuelle qui préoccupent les salariés en premier lieu, affirme Jean-Yves Charron, opérateur et délégué du personnel CFDT. On est en moyenne à dix jours de chômage partiel par mois. »

« À plusieurs reprises, j’ai interpellé la direction en CE sur sa stratégie d’avenir. Je n’ai pas obtenu de réponse claire à ce jour, regrette Christine Virassamy, pour qui cette absence de transparence démotive les salariés. » Malgré l’arrivée d’un nouveau véhicule à produire à partir de 2017, l’avenir du site reste incertain. Mais, depuis le 25 septembre, la donne a changé. Il va falloir compter avec une CFDT beaucoup plus forte.

dblain@cfdt.fr

   


PSA Rennes La Janais en chiffres

• Au plus fort de son activité, en 2004, le site rennais employait 9 727 salariés auxquels s’ajoutaient un millier d’intérimaires. Quelque 340 000 véhicules étaient produits sur le site en 2005.

• Depuis, effectif et production ne cessent de décliner. Aujourd’hui, le site compte 4 722 personnes, dont près d’un millier est dispensé d’activité. Le site ne produit plus que 83 000 véhicules.