[Vidéo] La solution gagnante-gagnante-gagnante de Han Dongfang

Publié le 22/01/2014

Ancien leader du mouvement de Tian’anmen, Han Dongfang est le fondateur et le directeur de China Labour Bulletin à Hong Kong. Cette ONG a pour objectif d’ouvrir la voie d’un règlement pacifique et efficace des conflits du travail en Chine. Elle pose ainsi les bases d’un syndicalisme libre. Han Dongfang était à Paris début janvier pour la promotion de son livre « Mon combat pour les ouvriers chinois » aux éditions Michel Lafon. Il nous a accordé un entretien.

Pouvez-vous nous présenter  votre parcours et les conditions de la création du China Labour Bulletin ?

      
    Interview de Han Dongfang   

A l’origine, j’étais électricien dans les chemins de fer. En 1989, j’ai rejoint le mouvement pour la démocratie de la place Tien’anmen. J’ai été emprisonné  deux ans pour cela. Ensuite, je suis parti aux Etats-Unis pour y être soigné. Je suis revenu en Chine, mais j’ai été expulsé vers Hong Kong. Là, j’ai créé China Labour Bulletin. C’est une organisation qui tente d’ouvrir une voie pacifique et efficace pour résoudre les conflits du travail en Chine.

Dans votre livre (2), qui vient d’être publié en France, vous insistez sur l’évolution des mentalités des salariés chinois. Quels sont les principaux changements?

Ma génération, qui a commencé à travailler dans les années 70 et 80, pensait qu’elle serait l’élite du pays. Nous travaillions dans des entreprises d’Etat, mais nous ne pensions pas à nos droits. Dans les années 90, les travailleurs migrants sont arrivés des campagnes. Ils n’avaient aucune culture ouvrière et ont pris les emplois les plus mal payés. La nouvelle génération, qui a 20 ans aujourd’hui, n’a pas connu la terreur politique. Elle a des préoccupations économiques. Elle peut se mettre en grève pour obtenir de meilleurs salaires, de meilleures conditions de travail. Il y a dix ans, il y avait aussi des grèves, mais c’était parce que les salariés n’avaient pas été payés depuis trois ou six mois ! C’est un changement important des mentalités pour toute la classe ouvrière.

Comment la CFDT peut-elle aider une organisation comme la vôtre ?

Longtemps les salariés chinois ont tiré vers le bas les normes internationales du travail en acceptant les pires conditions de travail. Aujourd’hui, c’est différent. Comme je viens de l’expliquer, les mentalités ont évolué et il faut voir les travailleurs chinois qui sont plusieurs centaines de millions comme une force positive. Nous n’en sommes qu’au début. Dans l’avenir, les salariés chinois, français et européens vont échanger, s’entraider pour améliorer les normes internationales du travail et renforcer le mouvement syndical international. Des leaders ouvriers chinois ont appris ici en France, avec la CFDT, les bases de la négociation collective. Ils sont aujourd’hui des pionniers en Chine. Je souhaite que des échanges comme celui-ci s’intensifient. Ce serait le plus utile pour nous.

Propos recueillis par dblain@cfdt.fr

(1) Fondateur et directeur de l’organisation China Labour Bulletin à Hong Kong
(2)  « Mon combat pour les ouvriers chinois » de Han Dongfang. Editions Michel Lafon. 252 p. 17,95 €.