[Vidéo] La lutte efficace de la CFDT contre les TMS à la Lampaulaise de salaisons

Publié le 20/01/2016

Depuis 2004, le CHSCT de cette entreprise du Finistère parvient, en s’appuyant
sur une puissante section syndicale et un dialogue social fort, à s’investir
dans la réparation et la prévention de pathologies fortement handicapantes.

     

     

Épicondylite, épitrochléite, tendinite de la coiffe des rotateurs… : ces noms barbares sonnent comme autant de souffrances qui gâchent la vie de nombreux salariés et sont autant d’obstacles à leur déclaration en maladie professionnelle. « Les termes techniques de la Sécurité sociale sont souvent dissuasifs et complexifient cette déclaration qui, si elle est mal faite, entraîne souvent un refus. C’est notre travail syndical d’accompagner les salariés dans ces démarches difficiles. C’est aussi le point de départ indispensable de notre stratégie en matière de maladies professionnelles. » Depuis une dizaine d’années, Frédéric Huon, le délégué syndical central (DSC) CFDT de la Lampaulaise de salaisons, travaille avec son équipe sur les maladies professionnelles, essentiellement des troubles musculo-squelettiques (TMS), dont sont victimes les salariés de Lampaul-Guimiliau.

Une sous-déclaration des maladies professionnelles

Ces maladies professionnelles représentent 2 700 jours d’arrêts par an pour les 470 salariés que compte l’usine de Lampaul. « C’est l’équivalent de onze salariés arrêtés toute l’année ! » Trois cent soixante-dix personnes sont potentiellement exposées. Chaque année sur le site, une vingtaine de personnes déclarent une maladie professionnelle et, à ce jour, au moins un quart des effectifs a été concerné par ces pathologies. « Certains salariés tentent de résister au travail avec des TMS pour ne pas perdre trois jours de carence », explique Frédéric. Ces chiffres impressionnent mais ne seraient pas plus mauvais qu’ailleurs. « Ici, les indicateurs sont révélés par notre stratégie syndicale. Ailleurs, ils ne le sont pas ou peu. »

L’histoire commence en 2004 avec une première campagne de tractage à propos des TMS incitant les salariés à les déclarer en maladie professionnelle. Les responsables CFDT du CHSCT décident de se former sur les questions de TMS, stress, souffrance et vieillissement au travail avec l’aide du centre d’études et de formation (Cefa) de la Fédération générale de l’agroalimentaire (FGA). « Au contact de deux ergonomes du Cefa, on a compris que c’est l’ergonomie qui pourrait le mieux répondre à nos problématiques », narre Olivier Milin du CHSCT. En 2008, la section s’interroge sur la nécessité de s’adresser à des ergonomes pour faire face aux situations que rencontrent les salariés de l’entreprise. Elle conclut qu’il vaut mieux internaliser ces compétences. En tout, quatre membres du CHSCT se forment auprès de la Cram (caisse régionale d’assurance-maladie) puis de la Carsat (Caisse d’assurance-retraite et de la santé au travail). « Jusque-là, ces formations étaient surtout réservées aux préventeurs d’entreprise et pas aux salariés ni aux membres des CHSCT. On a été un peu pionniers », estime Frédéric Huon.

Un robot plutôt que dix salariés cassés

« Cette formation comprend une partie théorique et une partie pratique qui se déroule dans une autre entreprise afin d’apprécier le problème de manière distanciée », raconte Laurent Basset, membre du CHSCT. De retour à Lampaul, les quatre militants formés travaillent avec le responsable sécurité de l’entreprise pour étudier les postes provoquant des TMS. « Parfois, un peu de bon sens permet de résoudre le problème mais, souvent, il faut l’étudier plus longuement et proposer plusieurs préconisations d’amélioration à la direction, qui choisit », note Frédéric Huon. Le remplacement d’une pelle en inox par une pelle en aluminium, plus légère, ne fera guère débat. En revanche, modifier un poste de travail pour que le salarié n’effectue plus de gestes en hauteur, générateurs de pathologies, suppose un investissement qui n’est plus du même ordre.

Lors de l’installation d’une chaîne de production précédemment installée à Lille, le CHSCT a accepté la suppression d’un poste pénible et donc d’un emploi au profit d’un robot. « Nous avions fait le déplacement dans le Nord et évalué les risques liés à ce poste. Fallait-il attendre qu’il casse dix bonshommes avant de le modifier ? Nous avons répondu non », se souvient Frédéric Huon.

Les solutions techniques existent toujours. Elles sont plus ou moins faciles ou longues à mettre en œuvre. Sur le poste de « mise en cartons des co-produits », un salarié âgé souffrait de graves TMS liés à des mouvements répétés des membres supérieurs en hauteur. Il est resté longtemps en arrêt maladie. « On redoutait qu’il ne puisse pas reprendre son poste, explique Patrick Cloarec, du CHSCT. Un travail en profondeur du CHSCT avec la direction du site a permis de réaménager le poste afin qu’il n’ait plus à travailler en élevant les bras. Il a pu terminer sa carrière sans aucun arrêt de travail pendant deux ans avant de partir en retraite. »

Un levier de compétitivité

Selon Frédéric Huon, « il n’y a rien de pire pour un salarié fragilisé par un TMS que d’être remis sur le poste qui l’a blessé sans que celui-ci soit réaménagé car il sait qu’il va rechuter. En réalisant ce travail syndical-là, nous assurons la sécurisation des parcours professionnels de nos collègues et un service supplémentaire à nos adhérents ».

Pour autant, le travail du CHSCT n’est pas toujours facile. La reconnaissance des maladies professionnelles coûte cher à l’entreprise et à la Sécurité sociale, notamment les longs arrêts maladie. Mais le CHSCT, qui s’appuie sur une section syndicale de 190 adhérents, a pu établir un rapport de force favorable. « Dans les cas avérés, nous sommes prêts à aller jusqu’au tribunal du contentieux de l’incapacité pour faute inexcusable de l’employeur ou au tribunal administratif de la Sécurité sociale, assure Frédéric Huon. Fort heureusement, jusqu’ici, nous n’avons pas eu besoin de le faire. » Le DSC préfère de loin le dialogue social pour régler ces problèmes.

Plusieurs critères de pénibilité

Le directeur du site, Philippe Beuve, reconnaît même qu’avoir « un CHSCT dynamique, proactif et capable de s’adapter est une force permettant d’aller vers davantage de compétitivité ». Frédéric Huon est bien d’accord : « La prévention et l’amélioration des conditions de travail comptent parmi les leviers qui offrent le plus de marges de compétitivité pour les entreprises agroalimentaires. » La prévention fait d’ailleurs l’objet d’une attention particulière. La section a obtenu que tous les salariés de l’entreprise passent progressivement par une formation Prap (prévention des risques liés à l’activité physique). Dispensée par la chambre de commerce et d’industrie, elle permet aux salariés d’apprendre les limites de leur corps, d’évaluer leur situation de travail et éventuellement de proposer des solutions.

« C’est important. Nous sommes dans une activité qui cumule plusieurs critères de pénibilité, chimique avec les nettoyants industriels, les gestes répétitifs, le travail en équipes successives alternantes, le travail de nuit, le froid », souligne Olivier Milin. Justement, cette année, quatre salariés vont partir à la retraite plus tôt en raison d’un taux d’incapacité supérieur à 10 %. « Avec les nouveaux décrets sur la pénibilité, insiste Frédéric Huon, il y a un enjeu important pour la section dans les mois à venir. »

dblain@cfdt.fr

            

Pionniers dans l’agroalimentaire

La section de la Lampaulaise de salaisons a été pionnière dans la lutte contre les troubles musculo-squelettiques dans le secteur de l’agroalimentaire. Elle a commencé tôt à sensibiliser les salariés de l’entreprise sur ces problèmes en les incitant à déclarer leur maladie professionnelle et en les accompagnant.

Une stratégie syndicale

La déclaration en maladie professionnelle constitue le point de départ de la stratégie syndicale élaborée par la CFDT. Quatre personnes du CHSCT sont formées à l’ergonomie. Elles accompagnent les salariés de bout en bout – de la déclaration, qui doit être faite dans les règles, jusqu’au retour du salarié à son poste de travail, qui a pu être réaménagé pendant son arrêt de travail.

Un dialogue social déterminant

La section CFDT de la Lampaulaise compte 190 adhérents et représente 100 % des voix aux élections dans le premier collège. Cela lui offre un rapport de force très favorable dans ses relations avec la direction. « Nous sommes toujours écoutés », affirme le délégué syndical central. D’ailleurs, chacun le reconnaît, section comme direction : c’est le dialogue social qui permet d’avancer sur la question des conditions de travail.