[Vidéo] La CFDT pionnière en matière de pénibilité chez SVA Jean Rosé

Publié le 21/04/2015

Dans les abattoirs du groupe Jean Rozé, le dialogue social a permis d’avancer sur la pénibilité. Dès 2013, la CFDT a signé un accord relatif aux fins de carrière. Un nouvel accord doit intégrer le compte personnel de prévention de la pénibilité.

Le monde des abattoirs est peu connu du grand public. Si chacun ou presque mange de la viande, rares sont les consommateurs qui ont une idée précise du chemin parcouru par leur steak avant que ce dernier cuise dans la poêle. Le secteur constitue pourtant une véritable industrie qui emploie des milliers de salariés un peu partout en France et se trouve confrontée aux mêmes problématiques que celles de l’automobile ou de la sidérurgie. La concurrence y est féroce, les gains de productivité sont permanents, et une grande partie des salariés subissent des conditions de travail difficiles.

  

« Nous cumulons les facteurs de pénibilité, souligne Vincent Boutemy, délégué syndical CFDT de la SVA Jean Rozé de Vitré (Ille-et-Vilaine). Certains salariés travaillent dans une atmosphère humide, d’autres en chambre froide, et une grande majorité d’entre nous doit effectuer des gestes répétitifs à un rythme soutenu. Inutile de préciser que le niveau sonore est particulièrement élevé. » L’abattoir de Vitré ressemble à une grosse usine : 1 500 salariés – dont près de 400 à la production proprement dite – se relaient en deux équipes pour abattre, découper, transformer et livrer chaque jour l’équivalent de 1 000 moutons, 500 bœufs et 500 veaux.

Améliorer les conditions de travail, une priorité

Pas étonnant, dans ces conditions, que la question de la pénibilité soit devenue peu à peu une priorité des militants CFDT. « Au début des années 90, il y a eu énormément d’embauches de jeunes, raconte Vincent. L’entreprise était réputée dans la région pour proposer un travail certes difficile mais bien payé. Vingt ans plus tard, nous avons vieilli et découvert les troubles musculo-squelettiques (TMS). Entre nous, c’est un sujet de conversation quotidien. Nous voyons des collègues qui ne parviennent plus à tenir leur poste, d’autres qui souffrent en silence. Tout le monde se demande s’il va pouvoir tenir jusqu’à la retraite. » Selon Janick, c’est vers la quarantaine que les douleurs commencent à apparaître, que le corps met plus de temps à se chauffer le matin : « En général, on commence par avoir mal aux épaules, puis aux coudes et aux poignets, résume cette militante. Et quand on voit des collègues se faire opérer, on se demande si on devra aussi y passer un jour. »

       
   

Une section qui soutient les salariés
Créée en 2001, la section CFDT est, depuis, largement majoritaire et compte environ 250 adhérents. Aux dernières élections professionnelles, elle a obtenu 75 % des voix (devant la CGT, à 25 %). Elle a su accompagner les salariés, qui sont passés en quelques années d’une entreprise familiale au fonctionnement paternaliste à un groupe en croissance présent dans toute la France.

Une approche constructive
La section n’hésite pas à œuvrer en bonne intelligence avec la direction sur la question de la pénibilité. Au moment de la négociation de l’accord, elle a ainsi travaillé avec des consultants extérieurs financés par l’entreprise. En retour, les représentants des salariés sont consultés lorsqu’un nouveau poste est créé afin qu’ils donnent leur avis sur le meilleur aménagement possible pour les opérateurs qui s’y relaieront.

Un investissement en temps en formation
Pour les militants CFDT, devenir crédible en matière de pénibilité a demandé un gros investissement en temps et en formation. Afin de pouvoir peser face à la direction, ils ont notamment dû se familiariser avec les différents facteurs de pénibilité reconnus par les partenaires sociaux, puis analyser tous les postes de l’entreprise

   

Grâce à l’action du CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), la situation s’améliore toutefois. Les formations « gestes et postures » se généralisent, un échauffement standardisé est mis en place à destination de tous les opérateurs cinq minutes avant la prise de fonction, et les postes les plus pénibles sont sans cesse réaménagés. La direction fait incontestablement des efforts car elle doit non seulement tenir compte du fait que ses salariés vieillissent – l’âge moyen dans l’entreprise est aujourd’hui de 43 ans –, mais aussi améliorer ses conditions de travail et son image de façon à attirer des jeunes dans ce secteur réputé difficile. « Les salaires ne sont plus tellement attractifs, expose Vincent. Du coup, les jeunes préféreront chercher du travail ailleurs si on n’améliore pas les conditions de travail. » « Nous avons progressé sur de nombreux points, assure la direction. Les salariés portent beaucoup moins de kilos et certaines tâches ont été mécanisées, mais il est incontestable qu’il reste encore des postes pénibles. » L’un des derniers investissements de l’entreprise, par exemple, consiste en l’achat d’une machine qui plie automatiquement les peaux des animaux sur des palettes. Ce travail harassant (les peaux sont lourdes et gorgées de sel) s’effectuait jusqu’à présent à la main.

Un dialogue social constructif s’est donc instauré au sujet de la pénibilité, qui s’est concrétisé par un accord ambitieux, le 28 janvier 2013, relatif à l’aménagement des fins de carrière. Les salariés qui peuvent justifier de vingt-cinq ans d’ancienneté dans la société et qui ont été exposés au moins quinze ans sur un poste à très forte pénibilité ou dix-huit ans sur un poste à forte pénibilité se voient proposer trois formules à l’approche de leur départ à la retraite. Ils peuvent opter soit pour un quatre-cinquièmes de temps pendant les vingt-quatre mois qui précèdent le départ effectif à la retraite, payé à 87,5 % (au lieu de 80 %), soit pour un mi-temps pendant les dix-huit derniers mois payé à 70 % (au lieu de 50 %) ou un mi-temps pendant les douze derniers mois payé à 75 %. Dans les trois scénarios, l’entreprise continue de cotiser pour la retraite du salarié sur la base d’un temps plein.

« Cet accord est l’aboutissement de plus d’une année de travail, explique Vincent. Nous avons été accompagnés dans ce cadre par un cabinet spécialisé afin que nous puissions nous mettre d’accord avec la direction sur le degré de pénibilité de l’ensemble des postes de l’entreprise. Les discussions ont été vives, mais nous avons finalement trouvé un terrain d’entente et nous disposons aujourd’hui d’une liste des postes classés rouge (très forte pénibilité), orange (forte pénibilité) ou vert. »

Intégrer le compte de prévention de la pénibilité

Valable jusqu’en 2016, cet accord va à présent être renégocié afin de tenir compte de la création du compte personnel de prévention de la pénibilité (C3P). Nul doute que tout le travail réalisé en amont par la section syndicale comme par la direction sur la pénibilité sera bien utile en vue de trouver un nouvel accord novateur. « Notre objectif est d’avancer sur la question des reclassements, insiste Vincent. Aujourd’hui, quatre ou cinq salariés sont licenciés chaque année pour inaptitude car ils ne peuvent plus tenir leur poste. Nous nous sentons actuellement désarmés devant ce drame humain. »

jcitron@cfdt.fr

   


• La Société vitréenne d’abattage (SVA) a été créée en 1955. En 1991, elle s’associe au groupement des Mousquetaires (Intermarché). En 1993, la SVA lance la marque Jean Rozé.

• Le groupe compte aujourd’hui près de 4 000 salariés dans toute la France, dont 1 500 à Vitré (Ille-et-Vilaine).

• La CFDT a créé une section en 2001. Elle a obtenu 75 % des voix aux dernières élections, en juin 2014.