[Vidéo] Fleury Michon : des accords négociés pied à pied

Publié le 04/09/2017 à 17H23
La culture de la négociation de la section CFDT de Fleury Michon n’est plus à démontrer. Depuis des années, elle obtient des accords souvent bien supérieurs à ceux de la branche. Et les résultats électoraux suivent.

« On négocie en moyenne entre dix et quinze accords par an. » Le dialogue social, Alain Ansel le pratique de façon intensive. Classifications, intéressement, seniors… tout y passe. Sur chacun de ces dossiers, le délégué syndical central CFDT de Fleury Michon – par ailleurs secrétaire du Syndicat général de l’agroalimentaire de Vendée – et les élus du personnel avancent leurs pions à la grande satisfaction d’une majorité des salariés du groupe. « Certains nous reprochent de beaucoup signer. C’est vrai, mais uniquement parce que nous obtenons de bons accords, s’amuse Alain Ansel. Nous n’avons pas à rougir de ce que l’on signe ! » Preuve à l’appui : en 2013, la CFDT affichait un score flatteur de 52 % aux élections professionnelles, loin devant la CGT (26 %) et FO (14 %).

     


La culture de la négociation
L’équipe CFDT de Fleury Michon pratique la négociation intensive. Entre dix et quinze accords sont discutés et signés chaque année. Avec des résultats souvent bien supérieurs à la convention collective dans de nombreux domaines. C’est notamment le cas de l’accord qui limite à 10 % de l’emploi total le nombre de contrats précaires sur l’ensemble de l’unité économique et sociale.

Priorité à l’emploi
C’est la ligne de conduite de la section : l’emploi est la priorité. Après une période de stagnation, la politique de recrutement du groupe doit retrouver une dynamique, estime la CFDT. Ce sera un des enjeux des prochaines élections des représentants du personnel, qui se dérouleront le 26 septembre.

Toutes les catégories représentées
Pour la première fois, la CFDT sera en mesure de présenter une liste cadres aux élections. Autre défi relevé, celui de la mixité proportionnelle des listes exigée par la loi Rebsamen afin de garantir un meilleur équilibre de représentation entre femmes et hommes. De quoi renforcer encore l’assise de la CFDT et lui conférer un poids accru lors des négociations.

     

Les prochaines échéances auront lieu le 26 septembre. « Notre challenge, c’est de dépasser ce niveau, affirme tout de go Alain. Pour la première fois, nous aurons des candidats chez les cadres. Nous serons donc présents dans l’ensemble des collèges et nous pourrons alors intervenir à chaque strate du groupe. » Un groupe qui compte un peu plus de 3 800 salariés répartis sur quinze sites de production. Sa particularité ? Née il y a cent douze ans de l’association de Félix Fleury et Lucien Michon, deux négociants en viande, l’entreprise est restée fidèle à son département d’origine, la Vendée.

La priorité donnée à l’emploi

Aujourd’hui, plus de 80 % des salariés du groupe résident autour de Pouzauges, le fief des Fleury Michon, et de Chantonnay, deux communes séparées d’environ 22 kilomètres. Au milieu du bocage sont implantées les principales usines de production de charcuterie, de plats cuisinés et de surimis du groupe. Une proximité qui pourrait marquer une absence d’ambition de développement mais qui est plutôt considérée comme un atout par le directeur général des opérations, Gérard Chambet : « Nos salariés sont beaucoup plus mobiles que dans nombre de groupes. Vu les distances, en mettant en place des mesures d’accompagnement, ils peuvent passer assez facilement d’un site de production à un autre. C’est important pour pouvoir répondre rapidement aux variations du marché. » Car certains produits sont davantage soumis aux habitudes saisonnières de consommation que d’autres. C’est en particulier le cas du surimi. Fleury Michon en est le leader européen. Sa division Traiteur de la mer, qui compte 300 salariés, a été ouverte en 2000, au moment où les acheteurs se sont rués sur le bâtonnet orange et blanc, convaincus par le nutritionniste Pierre Dukan de ses vertus diététiques. Depuis, les ventes se sont tassées. Elles se font essentiellement pendant trois mois, entre avril et juin, en fonction de la météo. En 2015 et 2016, elle n’était pas au beau fixe. Résultat, le chiffre d’affaires a fondu de 10 %.

« De toute façon, nous savons que la consommation de viande va continuer à diminuer, affirme le directeur général de Fleury Michon. Nous devons faire en sorte que les gens consomment plus de qualité : qualité de la viande, mais aussi respect de la condition animale, élevage responsable, etc. Si la sélectivité se fait par le haut, nous nous en tirerons. » C’est dans ce contexte que de nouvelles négociations vont s’engager avec les représentants syndicaux. « La direction aimerait que l’on revisite nos accords sur la réduction du temps de travail, vieux d’une vingtaine d’années, afin de gagner en compétitivité, explique Alain Ansel. Pour la CFDT, parmi les enjeux de cette négociation, on trouve d’abord l’emploi. Après plusieurs années de stagnation, il doit retrouver une dynamique. On souhaite aussi maintenir le pouvoir d’achat des salariés et enfin améliorer la qualité de vie au travail, notamment en renforçant l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. »

Cette ligne de conduite, la section CFDT se l’applique depuis longtemps. « Ils ont obtenu des accords bien supérieurs à la convention collective dans de nombreux domaines », souligne Éric Pommageot, secrétaire national de la Fédération générale de l’Agroalimentaire (FGA) CFDT. Exemple avec l’accord sur le compte épargne-temps (CET), qui intègre un volet pénibilité : la CFDT a obtenu que le CET soit majoré de 25 % pour les salariés en horaires décalés et de 30 % pour ceux qui travaillent la nuit. Mais ce n’est pas le seul acquis de l’équipe orange. Il en est un dont Alain Ansel est particulièrement fier. À juste titre. Il impose à Fleury Michon le respect d’un taux maximal de 10 % de contrats précaires dans l’ensemble de l’unité économique et sociale (UES) qui rassemble toutes les entreprises du groupe. Au-delà, elle doit embaucher des CDI. Un cas unique dans l’agroalimentaire, souligne Éric Pommageot, où l’on observe en moyenne 30 % de contrats précaires.

Le pari du développement

Ces avancées restent hélas fragiles. Lors de la dernière négociation annuelle obligatoire, la direction a durci le ton. Elle aimerait plus de souplesse, davantage de flexibilité, arguant d’un taux horaire de rémunération plus élevé que la concurrence. Pour aborder ces discussions qui s’annoncent serrées, la section a besoin de se renforcer, souligne Philippe Michaud, le trésorier du comité d’entreprise. « Nous avons besoin de vous tous, a-t-il lancé aux adhérents venus à l’assemblée générale du 26 juin dernier, marquant le top départ de la campagne des élections professionnelles. Nous ne demandons pas à tout le monde de s’investir sur tous les sujets mais au maximum d’entre vous de s’impliquer dans un dossier qui l’intéresse. » Et plus la section sera étoffée, plus les bonnes volontés seront nombreuses.

Elle compte un peu plus de 200 adhérents ; 46 ont signé leur bulletin au cours des quatre dernières années, dont 17 lors des six premiers mois de l’année 2017. Preuve que la dynamique d’une campagne peut être favorable au développement. « Il a fallu aller chercher des femmes pour constituer les listes, souligne Philippe Michaud. Nous avions un défi, celui de la parité. Il est en passe d’être relevé. Nous en avons désormais un second : nous avons de nombreux sympathisants, à nous de les aider à franchir le pas. » Il sera alors d’autant plus facile de remplir les objectifs de l’élection. Et de prouver qu’une forte activité revendicative n’empêche pas les bons résultats aussi en matière de et de représentativité. Au contraire.

dprimault@cfdt.fr

 

Repères

• Le groupe Fleury Michon est spécialisé dans la préparation de charcuteries, de plats cuisinés et de surimis. Créée en 1905, l’entreprise est désormais organisée autour de quinze sites de production, essentiellement implantés en Vendée. Elle emploie quelque 3 800 salariés pour un chiffre d’affaires de plus de 730 millions d’euros.
• La CFDT est première organisation syndicale avec 52 % des voix, devant la CGT (26 %) et FO (14 %). De nouvelles élections auront lieu le 26 septembre.