[Vidéo] Chez ASN Calais, la CFDT s’engage sur le temps de travail

Publié le 24/02/2015 (mis à jour le 13/04/2015)

Il y a un an, la CFDT d’Alcatel Submarine Networks, basé à Calais, a réussi à négocier un accord compétitivité ambitieux. L’organisation du temps de travail a été au cœur des discussions.

      

C’est un joyau industriel méconnu. Installée sur le port de Calais, l’usine de câbles sous-marins d’Alcatel Submarine Networks est pourtant l’une des plus grandes au monde dans sa partie. Jour et nuit, des kilomètres de câbles sont fabriqués puis stockés dans d’immenses bâtiments avant de prendre la mer. Merveilles de technologie, ces câbles ultrarésistants enveloppent la fameuse fibre optique sur laquelle transitent à grande vitesse les données numériques.
Mais ce fleuron de l’industrie française n’est pas épargné par les turbulences du secteur des télécoms et a déjà connu plusieurs plans de sauvegarde de l’emploi. Alors, il y a un an, lorsque la direction annonce une nouvelle réorganisation du travail, le climat social se dégrade rapidement.

L’enjeu de la survie du site

   

Un accord fondé sur le volontariat

L’originalité de l’accord réside dans la liberté laissée aux salariés de basculer ou pas vers les horaires proposés par la direction. Cela a permis d’éviter un conflit majeur dans l’entreprise, car une part non négligeable de salariés était hostile aux changements d’horaires. Le temps a fait son œuvre ; les salariés réfractaires sont aujourd’hui minoritaires.

La confiance dans le dialogue social

La section CFDT n’a pas craint de s’investir dans des discussions mal engagées. « Nous avions conscience qu’on ne pouvait pas rester sur un discours du style “rien ne doit changer !”, résume Stéphane Hénon. Nous devons penser à notre rémunération et à notre qualité de vie au travail, mais aussi à l’avenir du site à moyen et long termes pour les jeunes de la région. »

Un temps d’évaluation

Un an après la signature de l’accord, la section l’a évalué et fait remonter à la direction les engagements non tenus. La négociation relative à l’aménagement des fins de carrière étant restée au point mort, la direction s’est engagée à bouger sur le sujet. Rien n’est encore gagné, mais le fait d’avoir acté une telle négociation dans l’accord donne du poids à cette demande syndicale.

   

Côté direction, le discours est clair : ASN Calais doit améliorer sa productivité pour assurer sa survie. « Nous avions perdu des contrats et il était important de montrer au groupe que nous étions capables de réagir, explique la directrice de l’usine, Patricia Boulanger. Cette réorganisation du travail était nécessaire afin d’accompagner la diversification de nos activités, notamment vers la fabrication de câbles pour l’industrie pétrolière. » Côté salariés, c’est le coup de massue. « La direction souhaitait modifier nos roulements pour augmenter le travail de nuit et diminuer le nombre de jours de récupération », explique Bryan Fackeure, délégué syndical CFDT. Les 210 salariés en horaires décalés, sur les quelque 400 salariés que compte l’usine, risquaient en outre de perdre jusqu’à 30 % de leur rémunération. « Leurs premières propositions étaient tout simplement inacceptables. »

Après plusieurs mois de négociation, un accord plutôt original a finalement été signé par la CFDT. Les salariés en horaires décalés se sont vu proposer deux formules : soit ils décidaient de conserver leurs horaires (2 jours de travail le matin, 2 jours de travail l’après-midi, 2 jours de travail la nuit puis 4 jours de repos), soit ils se portaient volontaires pour adopter les nouveaux horaires négociés par la direction (3 jours l’après-midi, 3 jours le matin puis 3 jours de repos, sans aucune nuit). C’est donc sur la base du volontariat que les salariés ont pu choisir leurs horaires de travail. Afin d’inciter le maximum de salariés à « basculer » dans la nouvelle organisation du travail, l’accord prévoyait une prime (de 4 000 à 10 000 euros en fonction de la rapidité de la décision) et d’autres mesures techniques pour compenser le manque à gagner découlant de l’abandon du travail de nuit.

Les salariés ont suivi la CFDT

Un an après la signature de l’accord (en décembre 2013), 169 salariés sur les 210 concernés par les horaires décalés ont décidé d’adopter la nouvelle organisation du travail, preuve s’il en est de la qualité des contreparties obtenues par la CFDT. « Au début, il y avait une réelle méfiance vis-à-vis de cet accord. Les salariés avaient peur de se faire avoir et la CGT – première organisation syndicale du site – n’en faisait pas la publicité car elle avait refusé de le signer, souligne Bryan. Il faut bien avoir en tête qu’un salarié habitué depuis plus de vingt ans à certains horaires n’apprécie pas que l’on remette en question ses habitudes. La prime a joué un rôle non négligeable pour convaincre les pionniers. Puis, progressivement, tout le monde s’est rendu compte qu’il n’y avait pas de piège. »

Aujourd’hui, beaucoup apprécient de ne plus passer la nuit à l’usine, même s’ils travaillent en contrepartie davantage dans l’année, environ 22 jours supplémentaires. « À 52 ans, je savoure de dormir toutes les nuits dans mon lit, résume Stéphane Hénon, élu suppléant au comité d’entreprise. Et je suis heureux de voir que d’autres activités arrivent sur le site, car on sait bien qu’aujourd’hui plus personne n’est à l’abri d’une délocalisation, même lorsque l’usine appartient à un grand groupe. »

Prochaine étape, la GPEC

Si la question des horaires de travail a bel et bien été le gros morceau de cette négociation autour de la compétitivité, la section CFDT est également fière d’avoir obtenu avec l’accord l’embauche de 23 nouvelles personnes ainsi que l’ouverture d’une négociation sur l’aménagement des fins de carrière. « Lorsque nous négocions, nous avons toujours en tête la question de l’avenir du site à long terme », insiste Bryan. Seule ombre au tableau pour plusieurs militants CFDT, les salariés nouvellement embauchés ne l’ont pas été à la production. Seules deux personnes sont venues renforcer les équipes en horaires décalés, les autres étant plutôt des cols blancs. « On a le sentiment que l’on demande toujours des efforts à la même catégorie de personnel, résume l’un d’eux. L’âge moyen des salariés en horaires décalés reste très élevé car la direction préfère embaucher des jeunes intérimaires lorsqu’il y a un pic d’activité. C’est un problème à la fois pour les jeunes de la région, qui n’ont pas d’emploi stable, et pour les personnes plus âgées, qui ne peuvent pas s’appuyer sur des collègues plus jeunes et expérimentés sur leur poste. » Obtenir une vraie négociation sur la GPEC (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences) est d’ailleurs l’un des objectifs que s’est fixés la section pour les mois à venir.

jcitron@cfdt.fr