“Un Français sur deux a un grand-parent qui n’est pas né en France”

Publié le 27/02/2013 (mis à jour le 28/02/2013)
En hommage à Stéphane Hessel, disparu le 27 février 2013, retrouvez l'interview qu'il avait accordée à CFDT Magazine en janvier 2010.

Selon vous, qu’est-ce que l’identité nationale ?

Heureusement nous ne sommes pas tous identiques ni faits dans le même moule. La force de la France, c’est justement cette diversité. La pureté du sang n’existe pas. Pas plus que les Français de souche. Un Français sur deux a un grand-parent qui n’est pas né en France et plus du tiers de la population à l’un de ses parents issu d’un autre pays, y compris le président de la République !

L’identité de ceux qui habitent en France consiste à posséder une carte d’identité française et, par conséquent, à bénéficier des droits définis dans nos textes de base. L’article 2 de la Déclaration universelle des droits de l’homme ne dit-elle pas que « chacun peut se prévaloir de tous les droits et libertés sans distinction de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinions politiques… » C’est la définition de la diversité qui constitue un peuple.

En présentant le débat sur l’identité nationale, le ministre Eric Besson a déclaré qu’il fallait que les Français puissent dire qu’ils sont fiers de l’être. Qu’en pensez-vous ?

On peut être patriote. Il est normal que les Français comme les Allemands, les Britanniques ou les Espagnols expriment leur attachement à leur patrie et à un Etat qui leur assure les garanties de l’exercice des droits et libertés. En fonction de cela, on peut être fier… Mais comment peut-on être fier d’être Français sous le régime de Vichy ? On est fier selon la manière dont on est traité. Je suis prêt à faire l’éloge de la France historique, celles des valeurs. Mais la France n’est pas le seul pays qui peut s’en prévaloir.

Aujourd’hui, nous avons des raisons d’être moins fiers. Créer un ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration, c’est porter atteinte à ce qui caractérise la France dans ce qu’elle a de meilleur : l’ouverture aux autres.

Le droit au logement, à la santé, à l’emploi ? Le gouvernement respecte-t-il nos droits ? Où en est-on ? Je ne dis pas que ce gouvernement est plus criminel que d’autres, mais enfin, il n’y a pas de quoi être fier.

"les marchandises circulent librement. Les hommes, non"

Comment faudrait-il traiter et agir sur la question de l’immigration ?

L’observation de la composition du peuple français montre qu’une part non négligeable de nos concitoyens est devenue française et a accepté les lois, les libertés et les devoirs. Les flux migratoires devraient relever des ministères des Affaires étrangères et des Affaires sociales. Charge à eux de gérer la question de l’entrée et de la sortie des étrangers avec les pays d’origine en tenant compte de l’intérêt des deux parties. L’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme dit que « toute personne a le droit de circuler librement et choisir sa résidence (…) a le droit de quitter un pays y compris le sien et de revenir dans son pays. » Les marchandises circulent librement. Les hommes, non. L’immigration choisie ne devrait pas être bénéfique seulement à la France mais aussi au partenaire. Quant aux réfugiés, nous avons le devoir de les accueillir. Ce qui se fait actuellement n’est pas honorable.

Et les clandestins ?

Ceux qui le souhaitent doivent être aidés à entrer dans la légalité. Il faut avoir une position claire. Que les critères ne soient pas cumulatifs, c’est-à-dire qu’un seul critère manquant n’empêche pas une régularisation. Un peu de générosité voudrait qu’un seul critère ouvre le droit à l’obtention de papiers.

Ceux qui seront expulsés devraient l’être non pas par charter, mais accueillis dans leur pays d’origine par le consulat de France avec un projet. Franchement, donner à un ministre la tâche d’expulser, je considère que c’est méprisable. Faire du chiffre et s’en féliciter va à l’encontre de toute honorabilité politique.

Propos recueillis par hisrael@cfdt.fr

photo : Réa

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