[Reportage] Toys?'R'?us, les lutins de Noël en plein rush

Publié le 30/12/2013

À l’approche des fêtes, les magasins de jouets connaissent des jours d’intense activité pour satisfaire petits et grands. Plongée dans les coulisses de Toys’R’us à Nice.

À une heure de l’ouverture des portes, se balader dans le magasin Toys’R’us de Nice laisse une drôle d’impression. Aucun enfant dans les rayons, aucun client – liste de Père Noël à la main – errant dans les allées à la recherche d’un vendeur qui pourra les conseiller dans ce dédale de jouets… Les salariés, eux, sont déjà sur le pied de guerre depuis qu’un semi-remorque, arrivé à quai à 7?heures, se vide palette après palette. «?C’est sans doute la partie de notre travail la plus difficile et c’est par celle-là qu’on commence. C’est épuisant physiquement, mais ce matin il n’y a qu’un déchargement à faire. Hier, nous en avons fait deux, avec chaque fois une heure pour vider un semi complet. En saison, on tourne à dix déchargements par semaine?», explique Rolande Asso, arrivée en 1997 dans l'entreprise. La saison, c’est cette période d’activité intense qui couvre les deux mois et demi avant Noël, nécessitant la mobilisation de l’ensemble des salariés et obligeant la direction à doubler ses effectifs. Avec une moyenne d’âge de 25 ans, beaucoup effectuent ici leur première saison, dans l’espoir d’être rappelés quand un poste de vendeur en CDI se libère. Océane, 23 ans, est arrivée mi-octobre pour deux mois. Elle apprécie «?la polyvalence du métier, qui va du réapprovisionnement des rayons à la surveillance des stocks, sans oublier le conseil clientèle?», mais avoue avoir dû apprendre à gérer le fait d’être dérangée en permanence.

   


66,86?% :
Score obtenu par la CFDT lors des dernières élections professionnelles au niveau national. Une confortable majorité que sa déléguée syndicale centrale espère maintenant traduire en nombre d’adhésions.

60?% du chiffre d’affaires de l’année est réalisé par l’enseigne sur la seule période de Noël.

   

Aujourd’hui, les clients ont pris l’habitude de venir directement voir un vendeur pour savoir où se trouve tel ou tel produit, parfois juste sous leur nez. «?Les puzzles?? Vous êtes appuyée dessus Madame.?» Certains s’agacent de ne pas trouver le produit souhaité à la veille de Noël – le stock pour les produits phare n’excédant pas 24?heures – et s’en prennent directement aux salariés. «?Garder son âme d’enfant aide beaucoup quand on travaille dans ce type de magasin, surtout en décembre où les clients sont un peu plus "capricieux". Et puis il faut savoir gérer les enfants, très demandeurs, qui n’ont pas encore conscience de la barrière budgétaire que se fixent certains parents?», poursuit Océane.

"Pendant le rush, on a plus vraiment de vie. On frôle les 50?heures par semaine"

La crise, l’industrie du jouet en a fait les frais, comme dans tous les secteurs. Mais à cette période, «?beaucoup de parents se privent eux-mêmes pour ne pas priver leurs enfants, même quand il s’agit de leur acheter la dernière console de jeux, pourtant relativement chère?», observe Rolande depuis quelques années. Rolande, c’est un peu la pile Duracel du magasin, qui arpente les allées du «?rayon garçon qui se renouvelle sans cesse, au fil des sorties ciné et des modes de récré?». Durant deux mois, avec les 57 salariés du magasin, elle sera sur le pont six jours sur sept, dont quatre dimanches (conformément à l’accord signé au niveau national sur la base du volontariat). «?Pendant le rush, on a plus vraiment de vie. On frôle les 50?heures par semaine, mais avec l’annualisation du temps de travail, cela donne un équilibre avec le reste de l’année, où les semaines vont de 20 à 30?heures?». Christelle Jordan, déléguée syndicale centrale CFDT, et assistante administrative du magasin niçois, attend beaucoup du dispositif de «?renforcement d’effectifs discuté cette année en comité d’entreprise et qui pourrait générer sur le magasin près de 20?% de masse salariale en plus?». C’est elle qui déjà il y a quelques années a créé les «?lutins malins?» (reconnaissables à leur tee-shirt jaune fluo) affectés au rangement des jouets et au renseignement client pour «?décharger un peu les salariés et mieux répartir les tâches?». Car à la fin de leur journée, lutins, saisonniers et salariés auront parcouru des kilomètres entre la réserve et leur rayon, monté plus d’une centaine de fois l’échelle avec à bout de bras, des piles de jouets, et conseillé des dizaines de clients sans même parfois avoir le temps de les regarder… Bienvenus dans les coulisses de la magie de Noël.

 aballe@cfdt.fr