[Reportage] Florange : rebondir après un conflit emblématique

Publié le 16/07/2014

Plus d’un an après la fin du conflit social, la section CFDT de Florange a veillé au reclassement de tous les salariés qui travaillaient dans les hauts fourneaux. Personne n’a été laissé de côté grâce à la négociation d’un accord en acier trempé.

Cela fait déjà presque deux ans que les hauts fourneaux de Florange ont été mis à l’arrêt. Après plusieurs années de luttes syndicales exemplaires, l’accord passé entre l’État et ArcelorMittal en novembre 2012 a mis fin aux derniers espoirs des salariés qui n’avaient pourtant pas ménagé leur peine afin de sauver leur outil de travail. En première ligne dans ce combat, la CFDT tout entière s’était mobilisée. La lutte des salariés de Florange était devenue le symbole d’une industrie française en crise. Aujourd’hui, les sidérurgistes lorrains ne font plus la une des médias, et on oublierait presque qu’ils sont encore 2 400 à travailler dans cette gigantesque aciérie.

Assurer la pérennité du site

« Les hauts fourneaux sont en sommeil, mais ce n’était qu’une partie de notre activité, précise Jacques Minet, secrétaire de la section CFDT. Leur arrêt a été tellement médiatisé que les gens sont aujourd’hui persuadés qu’ArcelorMittal a cessé toute activité à Florange. Ce n’est heureusement pas le cas. Nous sommes encore bien vivants et décidés à assurer la pérennité du site. »

   

ArcelorMittal et Florange

• Né en 2006 de l’OPA de Mittal Steel Company sur Arcelor, le groupe ArcelorMittal est devenu le leader mondial de l’acier et des mines. Il emploie 250 000 salariés dans plus de 60 pays, dont 20 000 en France.

• À Florange, la CFDT est la première organisation syndicale, avec 34 % des voix, suivie de la CGT (28 %), la CFE-CGC (25 %) et FO (10 %). À l’échelle nationale, elle est deuxième derrière la CGT.

• Les deux principales activités à Florange sont la fabrication de tôles d’acier pour l’automobile et le packaging (les canettes de boisson).

   

Même s’ils ont le sentiment d’avoir perdu une bataille, les militants CFDT d’Arcelor n’ont pas vraiment eu le temps de s’apitoyer sur leur sort. « À un moment, il faut savoir s’arrêter. Nous avions le sentiment d’avoir tout tenté pour sauver les hauts fourneaux ; il était temps de passer à une nouvelle étape, explique le délégué syndical central, Jean-Marc Vécrin. Cette décision n’a pas été facile à prendre après toute cette période de lutte. Nous avons eu des débats houleux dans la section, mais nous sommes finalement tombés d’accord pour acter la fin du conflit et engager une négociation avec la direction. Après nous être battus pour l’avenir de la sidérurgie en Lorraine, nous devions nous occuper concrètement du sort des salariés. »

Après six mois de discussions, un accord social sera finalement signé le 18 juin 2013, qui organise le transfert des 650 salariés des hauts fourneaux vers les activités dites froides. En vue de relever ce défi, l’entreprise et les organisations syndicales se sont mises d’accord pour ouvrir un dispositif de départ anticipé destiné à l’ensemble du personnel. Tous les salariés nés avant le 1er janvier 1956 ont pu en bénéficier. Cette mesure a ainsi permis de libérer des postes dans l’ensemble du site. Le transfert a ensuite été organisé sur la base du volontariat. Les salariés des hauts fourneaux ont postulé sur les postes vacants. Ces derniers avaient le droit de tester différents postes avant de prendre une décision définitive. Une prime de 3 600 euros leur était versée une fois le changement de poste effectué. Et afin que tout se passe au mieux, les salariés chargés d’accueillir et de former leurs nouveaux collègues, les parrains, ont également perçu une prime de 300 euros. À cela s’est ajoutée une prime pour les équipes dont le travail a été impacté par l’arrivée de ces salariés forcément moins opérationnels dans un premier temps.

Un an après la signature de cet accord, une solution a été trouvée pour la quasi-totalité des salariés. Les primes ont évidemment facilité le bon déroulement des opérations. Mais ce n’est pas la seule raison qui explique le succès de cette formule. « Les salariés voulaient à la fois rester dans la région et conserver un travail. Ils étaient finalement davantage prêts à changer d’activité que nous ne le pensions au départ. Il faut bien comprendre que leur travail dans les hauts fourneaux n’avait rien à voir avec ce qu’ils font aujourd’hui, explique Jacques Minet. Ils ont dû apprendre un nouveau métier et s’intégrer dans un nouveau collectif de travail. Ce n’est pas rien, mais il faut reconnaître que cela s’est plutôt bien passé dans l’ensemble. »

Maintenir les recrutements

Seule ombre au tableau pour la section CFDT, l’absence de recrutement extérieur pendant cette période. La moyenne d’âge des salariés est élevée, ce qui pose des questions quant à l’avenir, et le refus de la direction d’embaucher des jeunes laisse planer des doutes eu égard à la volonté de Mittal de pérenniser l’activité du site à moyen terme. « Florange reste fragile, insiste le DSC Patrick Auzanneau. Notre force était d’avoir sur un même site une filière totalement intégrée. Avec l’arrêt des hauts fourneaux, nous avons perdu cette spécificité qui nous mettait à l’abri des transferts d’activités d’une usine à l’autre partout en Europe. » À travers l’accord passé avec l’État en novembre 2012, Mittal s’est engagé à ne fermer aucun site en France les cinq prochaines années. Pour la CFDT, il s’agit d’un répit appréciable, mais qui ne doit pas faire baisser la garde. « Nous sommes en concurrence avec des usines dans le monde entier, qui ne sont pas soumises aux mêmes règles sociales et environnementales, conclut Patrick Auzanneau. Comment rester compétitif dans ces conditions ? C’est la question qui se pose aujourd’hui à toute l’industrie européenne. »

jcitron@cfdt.fr

   


Responsabilité

Après des mois d’un conflit extrêmement médiatisé, la section syndicale a su garder la tête froide quand il est devenu évident qu’ArcelorMittal ne reviendrait pas sur sa décision de fermer les hauts fourneaux. Les militants CFDT les plus expérimentés ont dû convaincre leurs collègues qu’il était temps de retourner travailler. Une décision responsable, mais difficile à prendre sur le plan humain après tout ce qu’ils avaient vécu ensemble.

Pragmatisme

Lorsqu’il a fallu négocier les mesures sociales qui accompagneraient la fermeture des hauts fourneaux, la section a renoué le dialogue avec la direction pour obtenir les meilleures contreparties possibles. Elle est finalement parvenue à négocier un accord exemplaire qui a permis à tous les salariés de retrouver un emploi sur le site de Florange. Cet accord a également été signé par la CFE-CGC, mais pas par la CGT.

Vigilance

La CFDT a trop vécu de fermetures de sites en Lorraine pour croire un seul instant que l’avenir du site est aujourd’hui assuré à long terme. Elle reste donc extrêmement vigilante à ce que le groupe ArcelorMittal poursuive ses investissements. Obtenir l’embauche de jeunes est devenu leur priorité.