[Reportage] Ces dockers qui ont rejoint la CFDT

Publié le 07/07/2014

Pratiquant un syndicalisme axé sur le dialogue social, la Coordination nationale des travailleurs portuaires et assimilés (CNTPA) a choisi de s’affilier à la CFDT à la fin de l’année 2013.

 « Nous avons le même regard, axé sur le dialogue social et l’ouverture d’esprit. Nous avons tous voté pour notre affiliation à la CFDT parce que nous nous reconnaissons dans ses valeurs. » Pour Émile Rodriguez, secrétaire général adjoint de la CNTPA-CFDT représentant la section du grand port maritime de Marseille, l’adhésion de son organisation à la deuxième confédération syndicale française « n’a rien d’un mariage de raison. Nous avons un socle commun ». La décision d’adhérer à la CFDT a été votée à l’unanimité le 6 décembre 2013 à Dunkerque, au cours du sixième congrès de la CNTPA.

   


La CNTPA

• La Coordination nationale des travailleurs portuaires et assimilés a été créée en janvier 2000, à la suite de la réforme du statut des dockers, en 1992.

• Elle a d’abord rassemblé deux organisations syndicales des ports de Dunkerque et de Saint-Nazaire qui avaient choisi le dialogue social plutôt que la grève, en opposition à la CGT.

• Devenue syndicat national professionnel depuis son affiliation à la CFDT, en décembre 2013, la CNTPA compte des sections en Guyane, Guadeloupe, Martinique et à Marseille.

   

Cette coordination est née de la volonté d’anciens militants et adhérents de la CGT d’instaurer un dialogue social avec les entreprises de manutention et les directions des ports, à la suite de la réforme portuaire de 1992. « Peu y croyaient à l’époque, mais c’est en prônant un syndicalisme moderne fondé sur le dialogue social que nous avons pu lutter contre la précarité. Nous avons fait évoluer le statut des dockers, d’intermittent à salarié mensualisé. Au contraire de la grève, la fiabilité du dialogue social a permis d’embaucher des jeunes », explique Franck Gonsse, secrétaire général de la CNTPA-CFDT, devenue syndicat national professionnel depuis son affiliation à la CFDT.

Une manière commune d'appréhender le syndicalisme

À partir de 2003, la CNTPA est reconnue officiellement à l’échelon national comme un interlocuteur de l’Unim (Union nationale des industries de la manutention) et de l’UPF (Union des ports de France). Deuxième organisation syndicale des ports et des docks face à la CGT, majoritaire, la CNTPA perd néanmoins sa représentativité nationale en septembre 2013, en passant sous la barre des 8 %, après l’annulation du scrutin du grand port maritime de Marseille et de sa section pétrole Fluxel. Les membres de la CNTPA décident alors de se rapprocher de la CFDT.

« Leur manière d’appréhender le syndicalisme est proche de la nôtre. Ils pratiquent un syndicalisme de rapport de force en cherchant toujours à négocier des accords, constate André Milan, secrétaire général de la CFDT-Transports et environnement (FGTE-CFDT). Cette approche devrait faciliter leur intégration. Nous avons déjà l’expérience réussie de la Fgaac-CFDT [syndicat national professionnel des conducteurs de train], dont l’intégration est complète aujourd’hui, et nous prenons le même chemin pour la CNTPA. »

Une affiliation naturelle

Selon Michel Siméon, qui représente la CNTPA-CFDT du port de Guyane, cette affiliation est d’autant plus naturelle que la Centrale démocratique des travailleurs de Guyane (CDTG) coopère depuis plus de vingt ans avec la CFDT : « Nous avons toujours travaillé avec la FGTE. En outre, le congrès de Marseille s’est prononcé en faveur d’une affiliation des Dom à la CFDT, et non plus pour une simple coopération. » 

  PortMartinique ©JeanMichelAndre Rea
  Forte de 700 adhérents dans six grands ports (dont celui de la Martinique, ici sur la photo), la CNTPA-CFDT a fait de son développement une priorité - © Jean-Michel André

À tous points de vue, cette intégration devrait donc permettre à la FGTE-CFDT de renforcer son poids au sein des ports et des docks, alors qu’elle comptait peu d’adhérents jusqu’à présent parmi les salariés des entreprises de manutention.

Grâce à son implantation dans de grands ports maritimes, dont les territoires ultramarins et Marseille, premier port de France, la CNTPA-CFDT va permettre à la FGTE, surtout présente chez les personnels portuaires, de devenir un interlocuteur incontournable des employeurs de la manutention. Et de contrer la Fédération nationale des ports et docks CGT, majoritaire chez les dockers. « Avec la CNTPA-CFDT, notre volonté est de créer un dialogue permanent entre les personnels des ports et les dockers, qui relèvent d’une convention collective nationale [CCN] unifiée depuis 2011 », met en avant André Milan.

Augmenter le nombre d’adhérents

Scellée par un protocole d’accord d’affiliation, l’intégration de la CNTPA à la CFDT doit se construire sur cinq ans afin que le syndicat national puisse progressivement évoluer vers un « modèle CFDT » tout en gardant ses spécificités. Dans le cadre de ce protocole, la CNTPA-CFDT s’est engagée à se rapprocher de la cotisation de la CFDT et à mettre en œuvre un plan de développement. « L’affiliation à la CFDT nous apporte une crédibilité. Les gens vont voir que nous avons les moyens de les défendre », argumente Émile Rodriguez. Augmenter le nombre d’adhérents est donc l’un des principaux défis du syndicat, face au monopole historique de la CGT.

Un programme revendicatif

Mettre l’État face à ses responsabilités afin que la réforme portuaire de 2008 soit mise en œuvre, c’est aussi un objectif que poursuit la CNTPA. « Aucun port n’a mis en œuvre de projets stratégiques prévus par la réforme afin qu’ils puissent se développer », déplore Franck Gonsse, secrétaire général de la CNTPA-CFDT. Plusieurs annexes de la CCN unifiée des personnels portuaires et des personnels de la manutention sont restées en suspens depuis 2011. La CNTPA-CFDT souhaite ouvrir le dialogue sur les différents systèmes de prévoyance et les mutuelles, développer les grilles de salaires et améliorer les dispositions en matière de pénibilité. Elle entend aussi faire reconnaître à l’échelle européenne les certificats de qualification professionnelle (CQP) qu’elle a contribué à créer et qui sont désormais obligatoires en France en vue d’exercer le métier de docker. On l’aura compris, la CNTPA-CFDT entend bien occuper sa place aux tables des négociations !

nfigarol@cfdt.fr

   


À retenir

• Mettre en œuvre la convention collective unifiée

Depuis 2011, les gestionnaires (personnels portuaires) et les exploitants (dockers) des infrastructures des ports relèvent de la même convention collective. Avec une section historique de dockers au port de Sète et plusieurs syndicats de personnels portuaires, la CFDT souhaite, grâce à l’affiliation de la CNTPA, favoriser un dialogue permanent entre les travailleurs des ports et des docks. L’enjeu est notamment de lever le statu quo sur plusieurs points de la convention collective nationale unifiée.

 

• Faire appliquer la réforme portuaire

La CNTPA-CFDT souhaite que l’État intervienne afin que la réforme portuaire du 4 juillet 2008 soit complètement appliquée.

   

 

Photo © CNTPA  - La coordination nationale réunie à Dunkerque (Nord-Pas-de-Calais) - 17 juin 2014.