“Nous sommes mandatés pour nourrir la réflexion et l'action syndicale, pas pour s'y substituer”

Publié le 24/06/2013
Jean-Paul Raillard, le directeur général du cabinet Syndex, explique le rôle et l'action des experts aux côtés des équipes syndicales.

Syndex travaille beaucoup avec les comités d’entreprise?? Quelle est la composition de vos équipes??

Syndex est un cabinet d’expertise composé de 450 salariés dont 370 experts travaillent en équipes pluridisciplinaires puisque nous intervenons aussi bien dans le domaine comptable, social, financier que sur la santé au travail à la demande des CHSCT. Nous réalisons aussi des expertises macroéconomiques. Au sein de nos équipes, se côtoient des experts-comptables, des économistes, des ergonomes, des sociologues, des spécialistes du travail et des questions sociales.

Nous avons 20 salariés dans nos filiales en Europe, notamment en Pologne, en Roumaine, en Grande-Bretagne et à Bruxelles où nous sommes représentés par Jean Lapeyre, ancien responsable CFDT et ancien secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES). Nous sommes aussi implantés dans 18 régions et en Nouvelle-Calédonie.

La demande d’expertise date-t-elle des lois Auroux au début des années 80??

Non, dès leur création en 1946, les comités d’entreprise ont eu le droit de faire appel à des experts, mais il est vrai qu’après les lois Auroux, nous avons connu une extension de notre champ d’action. L’expert mandaté par le CE a alors eu les mêmes droits d’accès aux documents que le commissaire aux comptes par exemple. L’employeur ne peut pas s’opposer à l’expertise demandée par le CE ou par le CHSCT. Nous ne sommes jamais mandatés par la partie patronale, mais par les institutions représentatives du personnel (IRP) ou parfois par une organisation syndicale.

Mandatés par les syndicats, n’êtes-vous pas incités à donner des résultats qui conviennent à votre client??

L’expert doit avoir un jugement indépendant. C’est très important car le CE qui fait appel à nous doit être sûr que les conclusions de notre travail seront objectives et de qualité. Sinon quel serait notre apport?? Nous ne sommes pas le porte-parole des syndicats, même si nous ne sommes pas neutres. Nous avons un devoir d’écoute et de vérité par rapport aux IRP et aux syndicats. Si une entreprise connaît des difficultés, mieux vaut que le syndicat sache la vérité et établisse ensuite une stratégie syndicale qui n’est pas de notre ressort.

"Nous avons un devoir d’écoute et de vérité vis-à-vis des Institutions représentatives du personnel et des syndicats"

Justement, comment s’articule l’expertise avec la pratique syndicale??

Nous sommes mandatés pour nourrir la réflexion et l’action syndicale, pas pour s’y substituer. Ce qui ne nous interdit pas de faire des préconisations ou de donner des avis. Mais, nous nous interdisons d’aller sur le champ de la décision. Nous pouvons, en revanche, dans le cas de restructuration, éclairer le CE sur les alternatives possibles aux projets présentés afin de sauver des emplois. Sur des thèmes comme l’égalité professionnelle, nous pouvons apporter des éclairages, suggérer des pistes de négociation.

Quelles sont les relations avec les employeurs??

En général, elles sont un peu tendues au début. L’employeur est dans l’obligation d’accepter la demande du CE, alors il peut être méfiant même si les relations s’apaisent ensuite car il voit la qualité de ce qui est produit. L’employeur doit avant tout comprendre que notre rôle n’est pas

de l’ennuyer, mais de poser les vrais enjeux de l’entreprise. Nous contribuons en fait, à réduire le déséquilibre d’information et d’analyse entre le CE et la Direction, cela aide à construire un rapport de force dans l’intérêt des salariés.

La loi sur la sécurisation de l’emploi ouvre-t-elle un nouveau champ d’action à l’expertise??

Oui, dans le sens où l’Ani place la négociation au centre du dialogue social de l’entreprise. Nous sommes l’un des éléments de la construction du dialogue social pour permettre à la partie syndicale de jouer son rôle au mieux. L’Ani nous ouvre la voie sur quatre missions?: les enjeux stratégiques, le maintien dans l’emploi, la reprise du site, le plan de sauvegarde de l’emploi et les restructurations. Cet accompagnement des syndicats dans l’entreprise était l’une des revendications fortes de la CFDT qui a été reprise dans la loi.

Vous avez réalisé aussi des études macroéconomiques sur la vie chère dans les DOM-TOM et sur le nickel au niveau mondial. Comment avez-vous travaillé??

Sur la vie chère, il s’agissait d’une demande de l’Union des ouvriers et employés de Nouvelle-Calédonie (Usoenc), syndicat avec lequel la CFDT a passé un accord de partenariat depuis 1985. Cette étude s’est ensuite élargie à la Martinique, à Mayotte et à La Réunion. Il s’agissait, après analyse, d’aider à étoffer le cahier de revendications pour que l’Usoenc puisse négocier en toute connaissance du marché avec le gouvernement calédonien. En l’espèce nous étions mandatés et rémunérés par le syndicat.

Et le nickel??

La Nouvelle-Calédonie est l’un des premiers producteurs de nickel. Le syndicat voulait une expertise sur le marché mondial, le cours du nickel ayant une influence directe sur l’emploi et le niveau de vie du territoire. Nous avons réalisé un travail macroéconomique de prospective sur le marché mondial qui a donné lieu à un grand colloque en 2005. Nous avions examiné non seulement les impacts économiques et sociaux, mais aussi environnementaux.

Dans le même esprit, nous avons aussi été mandatés par la partie «?travailleurs?» du Comité économique et social européen pour faire une étude prospective sur la façon dont l’économie verte peut donner une nouvelle impulsion à l’industrie. Notre intervention est donc multiforme.

Propos recueillis par hisrael@cfdt.fr