“La CFDT Vivarte reste ouverte à la négociation”

Publié le 12/09/2019

Jean-Louis Alfred, délégué syndical central CFDT de Vivarte, dénonce depuis des années le démantèlement du groupe qui est passé de 22 000 salariés à 9 000 aujourd’hui et…ce n’est pas fini. Il fait le point sur la situation du groupe qui, fin 2019, ne comptera plus que les enseignes La Halle, Minelli et Caroll.

Peux-tu nous rappeler ce qui s’est passé dans le groupe ces dernières années ?

En 2013, le groupe Vivarte a 2,2 milliards € de dettes liés à une mauvaise gestion, à des emprunts spéculatifs et à la crise de 2007 venue s’ajouter là-dessus. Marc Lelandais, le PDG de l’époque, parvient à effacer cette dette en contraignant les actionnaires à y renoncer. Mais dans le même temps, il fait entrer le loup dans la bergerie, les actionnaires vendent leurs actions dévaluées sur le second marché à des fonds spéculatifs. Ces derniers deviennent majoritaires et prennent le contrôle de Vivarte. En 2016, Patrick Puy, l’actuel PDG arrive et commence véritablement le démantèlement. En 2013, Vivarte avait 19 enseignes. A la fin de l’année, il n’en aura plus que trois, la Halle, Minelli et Caroll. Il y avait 22 000 salariés, on est actuellement 9 000 ! A l’arrivée des fonds spéculatifs, la CFDT les a dénoncés. Nous savions qu’ils ne venaient pas pour consolider le groupe mais pour se payer sur la bête.

Où en est Vivarte aujourd’hui ?

Patrick Puy est en train de finir le travail de démantèlement. Il affirme que le groupe n’est pas en mesure de payer ses 500 millions € de dettes. Mais la vraie question est où est passé l’argent de la vente d’une quinzaine d’enseignes, de Naf Naf, de la Halle Suisse, etc. On se retrouve aujourd’hui avec plus de dettes qu’à l’arrivée de Patrick Puy. Nous n’avons aucune information là-dessus tant au niveau groupe qu’au niveau CE et CCE. Mais la réponse est simple : les fonds vautours se sont servis.

Pourtant le PDG affirme qu’il n’y aura pas de casse sociale ?

Tout ce qu’il a entrepris tourne à la catastrophe. Chez Naf Naf qu’il a vendu à un groupe chinois nous avons encore une équipe CFDT. Elle nous informe que l’acheteur est en faillite, il n’a d’ailleurs pas pu payer tout ce qu’il devait à Vivarte et aucun de ses engagements, comme l’ouverture vers le marché chinois, ne s’est réalisé. Chevignon, cédé il y a huit mois, est au bord de la faillite ce qui n’a pas empêché Patrick Puy de revendre Cosmoparis au même acheteur. C’est donc une catastrophe sociale qui se profile. Le groupe regroupe actuellement les Halles aux vêtements et les Halles aux chaussures dans une seule entité. Il met une équipe dans le magasin le plus grand et il ferme l’autre. Les frais de personnel explosent…qui justifieront un PSE de 250 à 300 fermetures de magasins sur les 830 restants* soit environ 2 000 salariés dans les mois qui viennent. Mais tout cela est préparé dans le plus grand secret.

Comment réagit la CFDT de Vivarte ?

La riposte de la CFDT est de deux ordres. La première est juridique. Le groupe tente actuellement d’écarter la logistique (environ 600 salariés) du périmètre de l’entreprise sans aucune négociation ce que nous contestons. La direction a organisé à marche forcée des élections sur chacun des deux sites de logistique pour les rendre autonome et à terme les céder. Le tribunal de grande instance devra trancher. La seconde action consiste à rester ouvert à la discussion. Nous disons à la direction « On peut comprendre que vous ayez un problème avec la logistique qui est obsolète et le parc magasins, ce que nous demandons c’est que vous veniez à la table des négociations pour trouver des solutions pour les salariés. » Nous sommes ouverts à tout : plan de départs volontaires, rupture collective négociée, PSE, pour que les salariés aient le choix de suivre un repreneur éventuel, ou de se former ou de créer des entreprises ou encore de toucher une enveloppe pour ceux qui sont près de la retraite, bref que Vivarte prenne ses responsabilités vis-à-vis de ses salariés. Mais pour l’instant, nous ne sommes pas entendus.

Propos recueillis par dblain@cfdt.fr  

 

*Il y avait 1 300 magasins en 2013.