[Interview] “Faire des compétitions sportives un levier pouvant améliorer la situation des travailleurs”

Publié le 13/06/2014

Pascal Boniface, le directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques, revient sur les relations entre sports, business et droits des salariés.

Brésil, Russie, Qatar… le sport mondialisé est-il devenu une arme diplomatique à double détente, à la fois symbole d’ouverture internationale et moyen de détourner la contestation sociale d’un pays ?

Non, les propos de ceux qui pensent que le sport est « le nouvel opium du peuple » sont chaque fois démentis. Au Brésil, les contestations sociales n’ont pas cessé avec l’organisation de la Coupe du monde ; au contraire, elles sont ramenées au premier plan. Tout pays qui reçoit une telle compétition est sous le feu des projecteurs, ce qui offre une grande visibilité, y compris sur les aspects les plus négatifs. On parle beaucoup du sort des travailleurs immigrés au Qatar. Il n’est pas meilleur dans les autres pays du Golfe, mais on parle du Qatar – et c’est une bonne chose – parce qu’il organise la Coupe du monde 2022.

Comment concilier sport et droits sociaux ?

J’entends de manière récurrente des appels au boycott, non sans hypocrisie. Lorsque les JO de Moscou de 1980 ont été boycottés, les États-Unis ont continué à vendre du blé à l’Union soviétique. Pourquoi le sport serait-il utilisé pour boycotter un pays lorsque les relations de tout autre type avec celui-ci subsistent ? Ce n’est d’ailleurs pas ce que demandent les organisations syndicales et ONG sérieuses de défense des droits fondamentaux. Leur démarche consiste à se servir de ces compétitions comme d’un levier pouvant améliorer la situation des travailleurs et sensibiliser l’opinion, afin que les pressions conduisent à des changements de fond durables.

Finalement, le sport serait un instrument géopolitique ?

Il est en tout cas un outil parmi d’autres de rapprochement des peuples, une ouverture sur le monde qui peut atteindre toutes les catégories de la population et permet bien souvent de dépasser les clivages sociaux, ethniques ou religieux… Notamment parce que dans la compétition, les participants sont sur un pied d’égalité : ici, pas question d’héritage, de notoriété ou de réseau. En cela, le sport est très démocratique. Globalement, l’organisation de compétitions sportives mondialisées apporte plus d’éléments positifs que négatifs dans le vouloir vivre ensemble et dans la cohésion sociale. C’est aussi l’un des rares événements intimement lié à la pacification des relations internationales, même s’il ne suffira pas d’un match de football entre Israéliens et Palestiniens pour instaurer la paix.

Propos recueillis par aballe@cfdt.fr