[En direct] La mobilisation des routiers

Publié le 28/01/2015

[La situation au 25 mar] La « der des ders ». Après des mois de conflit, la réunion de négociation du 26 mars s’annonce comme l’ultime rencontre entre organisations patronales du transport routier et l’intersyndicale CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, FO sur la question de la revalorisation des grilles salariales conventionnelles dans le transport routier de marchandises (près de 330 000 salariés à la fin 2013).

[La situation au 25 mars] Entre un patronat « dur et décomplexé », selon les termes de Fabian Tosolini, de la CFDT-Transports et environnement, et l’intersyndicale, le torchon a commencé à brûler en novembre dernier. Depuis, entre tentatives de négociation et blocages (le dernier date du 15 mars), le point de rupture a souvent été approché. La CFDT, qui a défendu la négociation depuis le début, est exaspérée par l’attitude du patronat. S’est ajoutée une ultime provocation, dans un climat déjà chauffé à blanc, quelques jours avant le mouvement du 15 mars : le Groupe Charles André (GCA), visé par des actions en janvier, a assigné l’intersyndicale en justice, l’accusant d’avoir porté préjudice à son activité. Dans ce contexte, la réunion du 26 mars sera déterminante.

 

Des propositions patronales insuffisantes

 

Depuis novembre, les discussions achoppent sur l’écart entre revendications syndicales (+ 5 % d’augmentation des bas salaires) et patronales (pas plus de 2 %). Une proposition intolérable pour la CFDT. « Depuis six ans, les routiers perdent du pouvoir d’achat et de plus en plus de salariés touchent le Smic », note Thierry Cordier, secrétaire général de la branche route de la CFDT. « Ce 26 mars sera l’épreuve de vérité pour notre secteur », indique Fabian Tosolini. Au-delà de la question salariale, la CFDT compte approfondir son action auprès des routiers, « qui sont pris à la gorge économiquement, tout en connaissant une grande diversité de situations, sur lesquelles nous aurons à nous pencher davantage ».


[La situation au 4 février] Donner une dernière chance au patronat : telle est en substance la décision des organisations syndicales du transport routier après l’échec de la séance de négociation du 3 février, prétendument « ultime ». Après dix heures de discussions infructueuses concernant la revalorisation des salaires des transporteurs routiers, et face à l’intransigeance des fédérations patronales, les organisations syndicales ont proposé un dernier délai. Désormais, le patronat a jusqu’au lundi 9 février 13 heures pour revenir avec des propositions assouplies. Les quelques propositions patronales avancées (diminution de la durée de la carence maladie de cinq à trois jours ou augmentation du niveau de la garantie annuelle de rémunération, un complément de salaire conventionnel versé en fin d’année) n’ont pas été jugées suffisantes. En cas d’absence d’accord lundi prochain, la CFDT-Transports a notamment menacé de bloquer les négociations relatives à la formation professionnelle. À moins qu’après la consultation de ses équipes, elle ne décide de reprendre les actions coup de poing. Le feuilleton est loin d’être achevé…

[La situation au 28 janvier à 17 heures] Suite à l'annonce de la tenue d'une réunion entre patronat et syndicats le 29 janvier à 10 heures la CFDT-Transports "demande à ses militants de suspendre les points de blocage qui ont été mis en place" afin de ne pas "porter l’échec de la tenue de cette réunion et servir de fusible à une nouvelle absence des organisations patronales"

[La situation au 28 janvier à 10 heures] « La mobilisation est plus importante que prévue », souligne Fabian Tosolini, de la CFDT-Transports. Depuis mercredi matin, bien avant les premières lueurs de l’aube, des équipes CFDT ont mis leur menace à exécution : blocage de sites pétroliers et industriels, barrages filtrants et distribution de tracts, le tout sans gêner les salariés et les automobilistes. Près d’un millier de militants et de salariés ont rejoint le mouvement amorcé par l’intersyndicale (CGT, FO, CFTC et CFE-CGC) pour forcer le patronat à reprendre les négociations, suspendues le 22 janvier, sur la question des revalorisations salariales.

Le gouvernement cherche une issue au conflit

La mobilisation touche l’ensemble du territoire en des points névralgiques, comme le blocage de l’accès à la plateforme de chargement de la raffinerie Total de Grandpuits (Seine-et-Marne), qui alimente la région parisienne.

L’État ne souhaite visiblement ni la radicalisation du mouvement ni son enlisement. Le gouvernement a d’ores et déjà convoqué l’ensemble des parties patronales et organisations syndicales à une réunion, le jeudi 29 janvier, afin de renouer le fil du dialogue. La CFDT a annoncé qu’elle s’y rendra et se prononcera à la fin de la journée pour dire si elle poursuit la mobilisation, en parallèle de la négociation.

[La situation au 27 janvier] Cette fois, la coupe est pleine. Et la CFDT-Transports, premier syndicat du secteur, a décidé d’entrer dans l’action dès le 28 janvier. Objectif : « Faire plier le patronat et le forcer à revenir à la table des négociations », explique Thierry Cordier, le secrétaire général de la branche ; selon lui, « cette décision de la CFDT est une réponse au mépris du patronat », qui ne s’est tout bonnement pas rendu à la séance de négociation du 22 janvier au matin, afin de traiter de la question des revalorisations salariales des employés du transport routier. Une question centrale quand on sait que « depuis six ans, les routiers perdent du pouvoir d’achat, et de plus en plus de salariés touchent le Smic », rappelle Thierry Cordier.

Le risque de tassement des écarts de salaires

La négociation, ouverte depuis octobre 2014, n’a pas bougé d’un iota malgré une action « coup de poing » de la CFDT en décembre dernier. Le patronat refuse toujours d’accéder aux revendications des organisations syndicales : revalorisation des salaires de 5 %, mise en place d’un treizième mois et suppression de la carence maladie. Le patronat propose une augmentation de 2 % des coefficients les plus bas de la convention collective et de 1 % en faveur des cadres. Ce qui aurait pour conséquence de tasser les écarts de salaires. La CFDT prône au contraire « une augmentation linéaire bénéficiant à tous pour éviter que tous les salariés se fassent rattraper par le Smic ».

“Ne pas pénaliser les usagers de la route”

Jusqu’à présent, la CFDT n’avait pas souhaité participer au mouvement de grève, lancé par l’intersyndicale CGT, CFTC, CGC et FO le 18 janvier au soir. Mais « nous sommes allés au bout des discussions ; maintenant, on change de méthode », indique Thierry Cordier. Pour autant, les actions qui seront engagées veilleront à « ne pas pénaliser les usagers de la route. Notre cible, ce sont les grands groupes de transports, et non tous ceux qui vont au travail, passer des entretiens d’embauche ou les citoyens qui emmènent leurs enfants à l’école », insiste le secrétaire général. Pas question d’opérations escargot, par exemple, mais plutôt des blocages d’entrepôts. La forme et le lieu des actions seront précisément décidés au début de la semaine prochaine. D’ici là, « tant qu’on n’est pas entré dans l’action, on reste ouvert à la négociation, même ce week-end », espère Thierry Cordier, souhaitant que l’État joue son rôle de « facilitateur ». « Mais l’État ne doit pas être là pour payer la politique salariale de la branche », rappelle-t-il.

Les jours qui viennent seront décisifs pour les 650 000 salariés du secteur du transport routier (personnel roulant mais aussi « sédentaire »), répartis sur diverses activités : transport de marchandises, transport de fonds et de valeurs, déménagement, transport de personnes (dont les cars scolaires) ou transport sanitaire.

epirat@cfdt.fr

photo © Olivier Clément