[Dossier Burn-out] Réparer les vivants

Publié le 27/02/2020

Créée à l’initiative de Françoise François, psychologue du travail et experte judiciaire, la Maison Souffrance et Travail 78, à Poissy dans les Yvelines, accueille, soigne et accompagne les personnes tombées en burn-out.

Les chiffres donnent le vertige : l’année dernière, cette consultation dédiée aux personnes victimes d’épuisement professionnel a vu passer plus de 7 000 personnes, soit dix fois plus qu’en 2013, date de sa création. Pour sa fondatrice, Françoise François, le fait le plus inquiétant est que les salariés qui consultent viennent de tous les secteurs d’activité, public et privé confondus, de toutes les catégories socio-professionnelles, de tous les âges, et enfin, de toute la France. «Qu’ils soient notaires ou rippeurs, les gens ne vont pas bien et notre société souffre à bas bruit», résume-t-elle.

Face aux défaillances de notre système de santé au travail, elle a imaginé cette structure pour soigner autant qu’alerter. Et elle n’hésite pas à prévenir un employeur après avoir été en contact avec un de ses salariés en souffrance. La formation des médecins généralistes du département aux risques psychosociaux (RPS) est également l’une de ses missions. De même, elle intervient souvent à la demande d’une entreprise afin de diagnostiquer ce qui va mal. «Dans 99% des cas, ce n’est pas tant le travail qui est en cause que les relations humaines très dégradées. Les gens ne se font pas de cadeaux.» Et quand le mal est fait, il faut aider les victimes à constituer un dossier pour la reconnaissance en maladie professionnelle.

Une prise en charge globale

Un processus long, complexe, qui demande de rassembler des preuves, des avis médicaux, tous les détails précis sur la charge de travail, la pression subie, etc. Pendant ce temps, les patients doivent être accompagnés. Parfois, le conjoint ou les enfants sont reçus en consultation car les effets d’un burn-out ne s’arrêtent pas aux portes de l’entreprise. «Il n’y a pas de séparation nette entre le travail et la vie de famille. Les parcours s’entrechoquent et les situations dramatiques que nous voyons entraînent des dégâts collatéraux, que l’employeur ne voit pas; nous, si!»

La Maison Souffrance et Travail 78 rassemble une équipe pluridisciplinaire avec des psychologues, des médecins psychiatres, des avocats. « La première consultation cherche à établir le lien entre souffrance et travail. Puis les patients sont orientés vers une psychothérapie, une structure médicale, un traumatologue… Ici, ils peuvent faire un bilan de compétences ou intégrer un groupe de parole. Ils découvrent alors qu’ils ne sont pas seuls et, pour la première fois, ils osent parler, sans culpabiliser. » Grâce à cette prise en charge médico-psychologique, juridique et sociale du traumatisme subi, de belles histoires peuvent émerger. « Lorsque l’on a reçu tant de bienveillance, on a envie de la redonner », déclare Sophie, qui souhaiterait devenir psychanalyste. Maxime, ex-directeur des ventes, passe un CAP de pâtissier. Quant à Marie, elle a renoué avec un projet professionnel qui lui tenait à cœur et elle est devenue puéricultrice. Tous témoignent de l’accueil bienveillant qu’ils ont reçu : « Ici, on nous a aidés à redevenir quelqu’un .»

cnillus@cfdt.fr

©Patrick Gaillardin