[Dossier 2/3] Villes cyclables, une affaire qui roule ?

Publié le 16/07/2019

Le vélo comme moyen de transport du quotidien, ce n’est pas partout pour demain. Cependant, les agglomérations sont de plus en plus nombreuses à accorder une large place à la petite reine dans leur politique des transports. C’est le cas de Grenoble, la capitale iséroise.

Grenoble, paradis des skieurs… et des cyclistes ! La métropole grenobloise totalise en effet quelque 320 km d’itinéraires cyclables. L’agglomération est passée de 25 % à 59 % de voiries aménagées ces dernières années et compte faire encore davantage avec son projet Chronovélo. Lancé en 2017, ce réseau de voies express cyclables de 44 km permettra, à l’horizon 2022, de relier le centre-ville de Grenoble à différentes communes périphériques de la métropole. Un aménagement considérable, composé de voies larges et sécurisées, qui vise à tripler la part modale du vélo sur l’ensemble de la dixième agglomération de France en population (plus de 500 000 habitants).

Grenoble REALe service de vélos en location Métrovélo (un équivalent de Vélib’ à Paris) est devenu très populaire depuis sa mise en place en 2004. Avec deux grands points de location – l’un juste devant la gare de Grenoble et l’autre sur le campus –, Métrovélo propose une solution adaptée à chaque usager : du vélo standard à la bicyclette pour enfant, du vélo pliant au vélo cargo. Le tout avec différentes possibilités d’emprunt : à la journée, au mois, au trimestre ou à l’année. De quoi satisfaire tous les publics, en tout contexte.

Seuls 3 % des déplacements se font à vélo

Si la métropole grenobloise fait figure de modèle, les collectivités sont de plus en plus nombreuses à développer une politique vélo, comme l’indiquent les enquêtes triennales de l’Observatoire des mobilités actives, mis en place par le Club des villes & territoires cyclables*. Les résultats de la dernière enquête 2015-2016 montrent bien la place grandissante de la petite reine dans les politiques de transport des collectivités : hausse du budget alloué aux aménagements urbains (pistes cyclables, parkings…), dispositions vélo dans les plans locaux d’urbanisme, présence d’un chargé de mission vélo, etc.

Pour autant, la part du vélo dans l’ensemble des déplacements reste dérisoire : aujourd’hui, « seuls 3% des déplacements se font à vélo alors que près de la moitié des trajets du quotidien font moins de cinq kilomètres », regrettait Élisabeth Borne, la ministre chargée des Transports, lors de la présentation du « plan vélo » le 14 septembre 2018. Ce programme, qui vise à tripler la part modale du vélo d’ici à 2024, devait être doté d’un fonds national de 350 millions d’euros sur sept ans. En complément, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie a aussi lancé un appel à projets « Vélo et territoires », dont le budget de 2 millions d’euros doit servir à accompagner les collectivités.

Néanmoins, si ces exemples en faveur de la politique cyclable des villes sont positifs, ils sont loin d’être suffisants. « La mise en application du plan vélo risque d’être compliquée. Notamment parce que nous n’avons aucune garantie sur les financements. Et tant que la loi mobilités ne sera pas intégralement votée, il reste des incertitudes sur les mesures qui seront prises, comme le forfait mobilité », estime Pierre Serne, président du Club des villes et territoires cyclables. Autant dire qu’il y a loin de la coupe aux lèvres…

* Le Club des villes & territoires cyclables, lancé par dix villes en 1989, rassemble aujourd’hui 174 collectivités représentant plus de 2 200 communes et 42 membres associés. Le club travaille en lien avec les acteurs associatifs, industriels et économiques pour une véritable politique cyclable nationale.

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© S. Gautier/SAGAPHOTO — François Henry/RÉA