"Cette loi accompagne un mouvement de la société mais ne brutalise pas"

Publié le 29/01/2013
En plein débat parlementaire sur le mariage pour tous, le sociologue et administrateur de la Fondation Maison des sciences de l’homme, Michel Wieviorka nous livre son point de vue.

Le débat sur le mariage homosexuel est-il le marqueur d’une lutte contre l’homophobie ou la discrimination ?

Non, pas fondamentalement. Le débat n’est que le signe d’une certaine inquiétude dans une partie de la population. Parfois, cette inquiétude s’exprime par des réactions homophobes, cela est incontestable, mais derrière cette homophobie, il y a surtout une opposition des milieux catholiques et une interrogation sur la procréation médicalement assistée ou sur l’adoption.

Le débat sur le Pacs avait-il révélé une plus grande homophobie ?

Oui, certainement. Nous verrons bien lors du débat parlementaire, mais j’ai le sentiment que l’homophobie régresse dans notre pays – même s’il y a des moments où cette attitude s’exacerbe. La tendance globale serait plutôt à la tolérance.

Est-ce un changement profond de notre société ?

Une fois la loi votée, on passera à autre chose, comme en Espagne, en Belgique ou au Danemark… Cette loi accompagne un mouvement de la société mais ne brutalise pas. Je pense même qu’il s’agit d’une mutation attendue. Il n’existe plus un seul mode d’institution, de famille ou de mœurs sexuelles. Nous vivons le temps d’une immense diversité de situations, que la loi va consacrer. Si c’est une mutation, elle est d’ordre culturel.

Propos recueillis par Henri Israël