[Dossier 4/4] La fin des zones blanches

Publié le 20/06/2017

Les territoires ruraux sont ignorés par les fournisseurs d’accès à internet. Pourtant, des élus locaux se battent pour mettre en place leur transition numérique et permettre à leurs communes de se développer.

Élue maire de Bouzy, dans la Marne, en 2001, Rachel Paillard a vite compris la nécessité de connecter sa commune de 1 000 habitants. « L’accès à la fibre et à la téléphonie mobile est un impératif de développement de nos territoires ruraux », explique celle qui a fait installer le haut débit dans sa commune dès le début de son mandat. « Mon premier coup de fil, lundi matin, le lendemain de mon élection, a été pour France Télécom. »

Quinze ans plus tard, seulement 31% des territoires ruraux ont accès à l’internet très haut débit (un taux qui atteint 66 % en milieu urbain). L’Assemblée des départements de France relaie depuis plusieurs années « l’exaspération des élus locaux » se heurtant à la mauvaise volonté des opérateurs qui rechignent à investir dans des zones peu denses à la rentabilité incertaine.

Il a fallu attendre 2013 et le « Plan France très haut débit » du gouvernement pour donner une chance à tout le territoire d’accéder au très haut débit. Pour cela, le plan prévoit la mobilisation de financements publics, français et européens, le recours à des opérateurs alternatifs locaux et le recensement exhaustif des dernières zones blanches.

Parmi celles-ci, Sainte-Marthe, petite commune de l’Eure. Intégrée à la communauté de communes du Pays de Conches (18 271 habitants), elle devrait pouvoir bénéficier du programme engagé dès 2013 pour équiper le territoire en fibre optique. « C’est long, mais lorsqu’une initiative est concertée, ça avance », reconnaît Jérôme Pasco, premier adjoint au maire de Conches-en-Ouche. « La première tranche de travaux s’achève. Concrètement, il a fallu creuser des tranchées, installer les fourreaux, faire passer la fibre et mettre en place les nœuds de raccordement optique (NRO) : trois ans. Il faut maintenant raccorder les maisons individuelles ; les mairies et les écoles le sont déjà. Au total, la communauté de communes a investi 6 millions d’euros sans garanties en matière d’abonnements individuels, la commercialisation des boîtiers restant à la charge des consommateurs. »

Mais les projets et les usages liés à la fibre optique sont déjà dans les tuyaux dans le village avec 14 axes de développement prévus, dont l’équipement des écoles, la télégestion de l’eau, de l’éclairage public et du chauffage urbain, la création d’un pôle numérique (coworking, visioconférences…), le développement de l’e-tourisme et de l’e-agriculture et un cyber-Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), dont le fonctionnement sera optimisé grâce aux nouvelles technologies (géolocalisation des patients, télémédecine, etc.)

Ce n’est pas le seul bénéfice attendu. Un rapport du Sénat* précise en effet qu’« une commune de 500 à 2 000 habitants traversée par un réseau de fibre optique crée en moyenne 6,81 entreprises, contre 5,91 pour une même commune non desservie par un réseau numérique. Enfin, une zone française non dotée d’une technologie de fibre optique avait, en moyenne en 2014, un taux de chômage de 10,43 %, contre 9,71 % pour une collectivité ayant investi dans un réseau optique ». Faire reculer le chômage passe aussi par la transition numérique. 

* Rapport d’information sur les nouvelles technologies au service de la modernisation des territoires (19 avril 2017).

cnillus@cfdt.fr