[Dossier 3/4] Un village en transition

Publié le 20/06/2017

Ungersheim, village alsacien de quelque 2 000 habitants, s’est engagé dans une démarche de transition énergétique et écologique, en développant l’autonomie alimentaire et énergétique et la participation citoyenne. Épatant et… inspirant !

Une chaudière au bois, des installations photovoltaïques et des capteurs solaires pour chauffer les bâtiments publics, dont les deux écoles. Des chantiers participatifs pour certains aménagements communaux. Une cantine 100% bio qui nourrit 240 écoliers, avec des légumes produits sur un terrain maraîcher de 8 hectares en lisière du village. Un ramassage scolaire en charrette tirée par un cheval… À Ungersheim, commune de quelque Ungersheim JC Mensch Marchadour2 000 habitants proche de Mulhouse (Alsace), la transition n’est pas juste un concept ou une incantation. C’est le moteur de l’action municipale. Elle est mise en pratique dans tous les projets, jusque dans les moindres détails. Sous l’impulsion de son maire, Jean-Claude Mensch (photo), ancien mineur, militant, écologiste et humaniste jusqu’au bout des cils, le village s’est engagé dès le début des années 2000 sur la voie d’une véritable révolution. Avec trois principes clés : l’autonomie énergétique, l’autonomie alimentaire et ce que le maire qualifie d’« autonomie intellectuelle », c’est-à-dire le fait de concevoir les projets de la commune à partir de la réflexion des habitants, au sein de commissions citoyennes associant élus et concitoyens.

C’est ainsi qu’Ungersheim a défini, en 2009, son programme « 21 actions pour le XXIe siècle », qui touche tous les aspects de la vie quotidienne : l’habitat, l’alimentation, les transports, etc. En matière d’énergie, le cap a été vite fixé : engager la commune sur la voie de l’autonomie énergétique en réduisant la consommation (l’éclairage public alimenté par des ampoules LED a permis une économie de 40 %) et en développant les énergies renouvelables. Ungersheim est ainsi à l’initiative du plus grand parc photovoltaïque d’Alsace, installé sur 18 hectares dont une partie rachetée par la mairie, d’une capacité de 5,4 mégawatts. Non seulement les 40 000 m2 de toitures fournissent l’électricité pour 10 000 habitants, hors chauffage, pour Ungersheim et trois communes alentour. Mais les bâtiments situés sous les toitures sont mis en location à des entreprises et aménagés en fonction de leurs besoins. Un véritable pôle d’activités s’est créé là, avec plusieurs dizaines d’emplois à la clé. Pour poursuivre le développement du photovoltaïque dans le village, Ungersheim a également noué un partenariat avec Greenpeace Suisse et un groupe d’élèves du canton, afin de réaliser un « cadastre solaire », c’est-à-dire un inventaire de tous les toits bien exposés. « Nous devrions atteindre l’autonomie électrique en 2019 », espère le maire, qui travaille sans relâche à d’autres projets d’énergies renouvelables, comme une unité de méthanisation, en cours.

Un village « lanceur d’avenir »

En cohérence avec un désir de vivre autrement, de « sortir du système consumériste, aliénant, où tout est financiarisé, mercantile », la mairie a également impulsé un programme visant l’autonomie alimentaire. Baptisé « De la graine à l’assiette », il s’est traduit par la mise en place d’une véritable filière locale : la production maraîchère est assurée par les Jardins du Trèfle rouge, une association d’insertion qui a créé pour l’occasion 30 emplois, dont 25 en insertion et une régie agricole municipale ; la distribution, en circuit court, permet la vente de « paniers » aux habitants et de fournir la cantine scolaire. Le tout complété par une conserverie municipale, qui transforme les fruits et les légumes déclassés, grâce au travail d’une salariée et de bénévoles de la commune. À l’image de nombreuses villes en « transition », du nom du mouvement fondé par l’Anglais Rob Hopkins et qu’Ungersheim a rejoint en 2011, le village a également lancé sa propre monnaie : le radis, en 2013. Une manière, là encore, d’encourager la dynamique économique locale et les liens de proximité.

L’expérience d’Ungersheim va-t-elle en inspirer d’autres ? Si l’on en croit le nombre de sollicitations que reçoit la mairie de la part de dizaines de journalistes ou d’élus, le village éveille en tout cas un immense intérêt. Comme celui de la journaliste et réalisatrice Marie-Monique Robin, qui lui a consacré un documentaire, Qu’est-ce qu’on attend ?, sorti en salles en novembre 2016. Face à cette notoriété soudaine, Jean-Claude Mensch reste modeste. Sa méthode (« initier, faciliter, accompagner », comme il la définit lui-même) montre en tout cas que même une commune de 2 000 habitants peut se lancer dans des projets ambitieux (le village ne néglige pas les équipements traditionnels : salle de sport, piscine, espace culturel), en sachant fédérer. Et, citant Gandhi : « L’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre. C’est le seul. »

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